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Panic Room, de David Fincher

On attendait avec impatience le nouveau film de David Fincher qui avait précédemment crée la sensation avec Seven ou Fight Club et on est pas déçu. Le cinéaste poursuit ici son exploration des failles de l’Amérique contemporaine. Après la religion et le capitalisme, Fincher s’attaque au délire sécuritaire dans un film de genre très réussi qui confirme ses positionnements esthétiques et idéologiques.


(JPEG) New York. Quelle autre ville pourrait mieux symboliser le problème du délire sécuritaire américain que celle-ci ? Fincher ne s’est pas trompé en "gravant" le nom de ses acteurs sur les gratte-ciels de la mégalopole dans son générique. La ville est donc le cadre de l’histoire. Pourtant passé les cinq premières minutes et les toutes dernières, on ne verra rien d’elle. Comme son titre l’indique, Panic Room est un film claustrophobe. Il se déroule entièrement de nuit dans un grand appartement d’un quartier huppé de l’ouest de la ville qui comprend plusieurs étages. Les occupants y sont au nombre de deux, Meg Altman (Jodie Foster), jeune maman trentenaire récemment divorcée de son mari millionnaire et sa fille Sarah (Kristen Stewart)d’une quinzaine d’années. Les intrus sont eux au nombre de trois : Burnham (Whitaker), Raoul(Dwight Yoakam) et Junior (Jared Leto, déjà dans Fight Club et surtout héros de l’excellent Requiem for a dream). Ils sont à la recherche de la fortune dissimulée dans la panic room, une chambre forte imprenable dans laquelle les occupants peuvent se replier en cas de danger, par l’ancien propriétaire avant de décéder. Pas de chance pour les intrus, c’est justement là que Meg et Sarah ont trouvé refuge.

(JPEG) L’éfficacité de ce Panic Room, c’est d’abord celle de son engrenage et de son suspense. Fincher parvient à maintenir un fort degré de dramatisation autour d’une simple porte. L’histoire est ultra-simple. Il y a ceux qui sont dehors et veulent y entrer et ceux qui sont dedans et veulent y rester. Les premières scènes ont crée une forte complicité entre le personnage de Jodie Foster et le public. Le casting de Fincher est ici très judicieux car l’actrice donne toute l’ambiguité nécessaire au personnage. Elle a à la fois l’image d’une femme se voulant forte et indépendante mais dans le même temps affaiblie et vulnérable. Le rôle de Meg est très physique et on comprend que Jodie Foster se soit fait doublée pour les scènes les plus dangereuses, d’autant plus qu’elle était enceinte pendant le tournage. Les cinq personnages jouent tout le film au chat et à la souris. Les deux occupantes tentent désespérement de contacter l’extérieur tandis que les trois cambrioleurs sont rapidement dépassés par la situation et s’en prennent les uns aux autres. C’est à une véritable bataille autour de téléphones et d’écrans vidéos qu’on assiste. Une lumière, un bruit, une odeur, tous les détails deviennent synonymes de dangers. Viendront ensuite les premiers cadavres. Ce qui ne devait être qu’une simple partie de plaisir pour les trois intrus tourne au carnage général. Il n’y a plus de retour en arrière possible. On regrettera néanmoins ici la monotonie de la photographie très sombre du film qui donne beaucoup de froideur à l’ensemble et manque largement de subtilité. L’angoisse née aussi du traitement du son et de la musique de Howard Shore qui ajoutent chacun à leur manière à l’éfficacité de l’ensemble. Le suspense est maintenu jusqu’au bout même si le film n’est pas tout le temps très haletant.

(JPEG) Après Fight Club, Panic Room est donc bien l’occasion pour Fincher de revenir à un film de genre, une grosse série B. Toutefois, il ne faut pas se tromper ici. Derrière son apparence plus polissée car répondant à des codes déjà vus et revus ailleurs, ce type de film n’en est pas pour autant plus léger. C’est au contraire là que se jouent des notions essentielles. Panic Room n’en est qu’un exemple de plus. Dans Fight Club comme dans son dernier film, David Fincher poursuit une même démarche : mettre en scène les démons de l’Amérique. Si dans Seven, la ville se trouvait sous la menace d’un illuminé se prenant pour Dieu. Ici, l’Amérique se trouve une nouvelle fois punie par un détournement des valeurs qu’elle prône. La paranoïa pousse les habitants à s’enfermer chez eux, à y garder des objets très précieux en se croyant à l’abri de tout. Cette concentration d’argent et la promotion d’une idéologie prônant l’enrichissement matériel comme valeur première attirent des convoitises malveillantes et des débordements. L’enjeu premier du film ne sont pourtant pas les quelques millions que les trois cambrioleurs cherchent à dérober, simple prétexte hitchcokien au déroulement du scénario mais plutôt la famille, le foyer. C’est d’ailleurs là que réside la grande originalité et réussite du film. Ce dernier se place dès le départ dans un après. Quand le film commence, le foyer traditionnel est déjà détruit, mis à mal. Le danger est déjà présent là, à l’intérieur de la maison et pas seulement à l’extérieur. Les crises de Sarah et la claustrophobie de Meg en sont des exemples flagrants. L’appartement dans lequel elles vont habiter n’a plus rien de chaleureux ou d’accueillant. C’est u univers beaucoup trop grands pour les personnages et beaucoup trop froid. Il ne reste donc plus qu’à Fincher à mettre en pièce ses lambeaux. Les enfants devraient être les derniers à protéger, les derniers "innocents" mais ils sont ici déjà bien grands et conscients de ce qui se passe. C’est même Sarah qui doit par moment s’occuper de sa mère. Celle-ci vient juste de divorcer de son mari et tente avec beaucoup d’angoisses et de difficulté de repartir à zéro avec sa fille. On apprendra aussi plus tard que Junior est l’héritier du vieux propriétaire qui ne lui a pas léguer toute sa fortune. Dans un contexte pareil, la démonstration du film se limite donc à dire que même ce dernier effort de repli sur soi est vain. L’intimité d’une personne quelques soient les mesures prises est toujours en danger. La mise en scène virtuose de David Fincher sert ici parfaitement le propos. Ses mouvements de caméra défient les clôtures. Ils traversent aussi bien les portes que les étages prenant d’assaut le grand appartement. Tout le scénario joue allégrement de l’absurde de la situation qui prend des proportions démesurées. Meg, craignant pour sa sécurité défend une somme d’argent qui n’est pas la sienne et dont elle se désintéresse profondemment.

(JPEG) Pour finir, si Fincher tient à mettre en scène les cauchemars de l’Amérique, il n’est nullement un cinéaste de la subversion. Il n’a pas le nihilisme d’un Peckinpah et de son pur chef d’oeuvre Chiens de Paille. Fincher se contente, lui, dans cette situation cahotique de redessiner des groupes, de nouvelles solidarités. C’est sans doute là la grande faiblesse d’un cinéma qui derrière tout un jeu de renversement des rôles se contente de séparer pour nous les "méchants", des "gentils". Les premiers sont ceux qui agissent pour le pur appât du gain, les seconds pour des motifs supérieurs comme leur famille. Le cinéaste a visiblement beaucoup de mal à faire ressortir la noirceur qui pouvait potentiellement se dégager de son héroïne. A aucun moment, la famille assiégée ne passe réellement, de manière affirmée, du côté de la violence. Les valeurs américaines sont ici perturbées mais pas remises en cause. Fincher a plutôt choisi de rester proche de ses personnages et de psychologiser leurs actions pour les rendre touchants et compréhensibles. Heureusment auparavant, on aura eu droit à tout un jeu d’échanges des rôles et d’alliances contre-nature qui donnent une plus grande subtilité à un scénario qui en manque un peu par moment. On ne sait plus vraiment qui estpris au piège. Ces nouvelles solidarités, d’autres types que purement familiale, donnent une petite touche optimiste au film et dessine une piste de sortie possible pour les personnages même si celle-ci reste très fragile. L’Amérique de Fincher n’en reste pas moins cette grande maison immensément absurde et contradictoire qui n’en a surêment pas fini de faire des cauchemars. En tant que spectateurs, du moins, on l’espère.

par Boris Bastide
Article mis en ligne le 23 décembre 2004 (réédition)
Publication originale 26 avril 2002

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