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La naissance de l’anti-Orphée

Comprendre le heavy metal par l’Histoire

Comment expliquer la naissance d’un mouvement musical nihiliste, violent, voire malsain, à une époque où la culture populaire s’accordait pour dire non à la violence, à la guerre, et recherchait l’émancipation sociale ou spirituelle pour tous ? Comment a pu naître le genre musical qui allait catalyser la violence la plus extrême dans l’histoire de la musique ? Une des clefs se trouve dans ce que nous appelons "le passage du sauvage à la sauvagerie".


Si, historiquement, l’apparition du heavy metal est datée du début des années 70, il est indispensable de comprendre le contexte socio-musical [1] des années 60, celui dans lequel ont évolué les futurs compositeurs de ce genre.

La quête spirituelle des années 60 : de l’enfer du Vietnam à la musique contestataire

(JPEG) Les années 60 forment une période d’innovation, de refus de l’ancien monde et de révolte contre les sociétés occidentales établies. Traumatisés de manière inconsciente par ce qu’ont vécu leurs parents, les jeunes des années 60 vont naturellement être amenés à espérer un monde meilleur et à désirer abattre l’ordre établi, celui qui utilise encore la guerre ou la répression policière pour régler les conflits. Or la guerre ronge encore le globe, de celles de Corée, d’Algérie ou d’Indochine à celle du Vietnam. Rien qu’en France, la répression violente de manifestations est présente dans les esprits, avec celle du pont Saint-Michel en 1961, celle de Charonne en 1962, ou encore avec les affrontements de mai 68. Aux Etats-Unis, les manifestations du mouvement pour les droits civiques des Afro-américains font souvent face à cette même répression, et il en va de même pour les luttes féministes, étudiantes puis pacifistes. Pour lutter contre un État violent, pour s’extirper d’une société de plus en plus régie par les lois de la consommation, ces jeunes vont développer une soif spirituelle très éclectique. Le christianisme étant trop souvent synonyme d’ordre établi (surtout en Angleterre et aux États-Unis, mais aussi en France), il fallait se tourner vers d’autres formes de spiritualité. La plus célèbre et populaire était incarnée par l’Inde et l’Orient, mais il ne faudrait pas sous-estimer l’importance de l’occultisme, voire du satanisme, surtout lorsque l’on traite du rock et du heavy metal en particulier.

(JPEG) Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin, avait une passion pour l’occultisme et racheta le manoir d’Aleister Crowley, créateur d’une gnose luciférienne (certains disent satanique) à la fin du XIXème siècle. Les Beatles ont fait figurer sur la pochette de leur album Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band ce même Aleister Crowley, et Mick Jagger fut un moment membre de l’Église de Satan, créée en 1966 à Los Angeles. Il composa également la fameuse chanson "Sympathy for the devil"... Il n’est pas étonnant qu’à une époque de révolte contre une société étouffée par le puritanisme américain ou la ferveur anglicane, le satanisme se soit développé. Cependant, il est assez clair que les artistes que nous venons de citer développaient ces passions par soif spirituelle et surtout par opposition à l’ordre, et donc, quelque part, à l’ordre chrétien. Les Beatles seront d’ailleurs bien plus marqués par l’Inde et l’Orient, les Rolling Stones cesseront définitivement toute allusion satanique après la mort de deux personnes lors d’un de leurs concerts en 1969. Du reste, ils trouvaient dans la figure de l’Antéchrist un moyen (peut-être ambigu) d’illustrer toute la violence et les travers de l’État et de la société de l’époque, ambiguïté que l’on retrouvera souvent chez les groupes de heavy metal.

Au début des années 60, l’Europe prend de vitesse les États-Unis dans le domaine de l’innovation musicale et idéologique. Des groupes comme les Beatles, les Who, les Rolling Stones ou encore les Yardbirds ou Cream, vont imposer de nouveaux critères musicaux et un revirement dans l’attitude des États-Unis par rapport à leur musique. La réponse américaine à la culture anglaise ne se fera pas longtemps attendre.

Fondé sur l’opposition à la guerre au Vietnam, le mouvement musical américain de la seconde moitié des années 60 sera plus violent que son rival anglais, affichera un nihilisme aux résonances apocalyptiques face à l’annonce quotidienne des morts au Vietnam et à la violence latente des pans ségrégationnistes de la société américaine. Cette vague musicale bénéficiera de l’apport direct du blues, du rhythm’n’blues et du hard blues (interprétation plus dure et plus démonstrative du blues traditionnel). Elle va également profiter, ce qui n’est pas négligeable, des nouvelles technologies d’amplification sonore et notamment de la guitare électrique.

C’est dans ce mouvement américain qu’il faut voir les prémices du hard rock et du heavy metal. Jimi Hendrix donnera à ces genres le goût de la virtuosité guitaristique et des sons de guitares distordus, Steppenwolf ("le loup des steppes") sera l’instigateur d’un élan sauvage dans ses textes et des connotations métalliques dans leur célèbre et fondatrice chanson "Born to be wild". Le retour à la nature était un thème très en vogue dans les années 60. Il s’exprimait dans les communautés installées dans les campagnes, vivant en autogestion, cultivant la terre, cherchant une communion avec la nature. Il s’exprimait aussi chez des groupes plus extrêmes dans leurs propos et leur idéologie, tels que les beatniks ou les bikers, ces motards qui, loin de chercher l’harmonie avec la nature, s’attachaient plus à retrouver un état de nature, à vivre par un élan sauvage, avec la part importante d’agressivité et de violence que cela implique. C’est ainsi que la chanson "Born to be wild" deviendra l’hymne de générations de motards sillonnant les routes des États-Unis. Le chanteur y raconte combien il aime la fumée, l’éclair, le tonnerre de métal lourd ("I like smoke and lightning, heavy metal thunder..."). [2]

(JPEG) Le terme heavy metal est donc lancé en 1968. La même année sort le premier album éponyme de Led Zeppelin. Ce groupe anglais est considéré comme le fondateur du hard rock et le succès qu’il va connaître est déterminant pour le sujet qui nous intéresse, car il confirme le goût de la jeunesse, aux États-Unis autant qu’en Europe, en cette fin de décennie, pour l’extrémisme, l’outrance et la violence dans l’interprétation musicale, tout cela étant inspiré par cette volonté de briser l’ordre social établi, et de retrouver la nature sauvage ou cachée de l’homme. Des groupes comme The Troggs ou The Kinks, sans forcément se réclamer de ces courants de pensée, constituent au milieu des années 60, un exemple de cette volonté de liberté et de redécouverte d’un état sauvage, notamment dans leur gestuelle scénique, sorte d’expression corporelle à la Elvis, en beaucoup moins contrôlée et en plus agressive. Les groupes de heavy metal vont bénéficier de ces pratiques et de cette course aux sonorités lourdes, entamée tant par les musiciens de la seconde moitié des années 60 et leur public que par les techniciens et les ingénieurs du son.

Quelle est alors la situation socio-musicale de la fin des années 60 ? Spirituellement, la dominante est à l’orientalisme et au retour à la nature ; cependant l’occultisme trouve un écho dans certains milieux. D’un côté, les aînés, les Beatles et le mouvement pacifiste hippie du Flower Power sont hyper médiatisés. La prétention de ce dernier à apporter des réponses à la crise idéologique ambiante et à faire aboutir la révolte des jeunes se heurte à son simplisme (voire sa naïveté) et à sa récupération par les médias, ce qui aura pour effet de le discréditer aux yeux d’une partie de la jeunesse. D’un autre côté, le hard rock s’est implanté. Son idéologie est ambiguë. Il s’y opère un jeu d’attirance/répulsion pour la violence, n’apportant fondamentalement aucune réponse, et résultant dans un nihilisme exacerbé par le prolongement de la guerre du Vietnam. Les morts de Brian Jones des Rolling Stones (par noyade) en 1969, de Jimi Hendrix (par prise excessive de somnifères) en 1970, de Janis Joplin (overdose d’héroïne) la même année et de Jim Morrison (probable overdose d’héroïne) en 1971, n’ont pas apporté d’optimisme à cette jeunesse en perte de repères, en quête de réponses, et ont quelque part conforté les nihilistes dans leur conviction que la violence est une fatalité et l’emporte sur les grands idéaux.

Les années 70 et au-delà, quand l’anti-Orphée quitte ses caves pour le monde des mortels

(JPEG) C’est dans ce contexte que les années 70 voient apparaître un groupe anglais marqué par la personnalité extrême et exhibitionniste d’Ozzy Osbourne, et par le penchant occultiste du bassiste Geezer Butler. Ce groupe restera trois années dans le milieu underground avant d’atteindre une célébrité aussi importante que celle de Deep Purple. Il sera l’instigateur reconnu du heavy metal et le précurseur de bien d’autres courants, tels que le gothic rock. En ce début de décennie, l’épouvante et la violence musicales ont pour nom Black Sabbath. S’entourant d’un décor de rituels occultes, fait de crucifix géants et de symboles ésotériques, développant un visuel satanique et païen, le groupe d’Ozzy Osbourne va instaurer les critères tant musicaux que textuels, tant vestimentaires que d’attitudes pour deux générations entières de joueurs de metal. Le blouson de cuir est de rigueur, les croix noires sont de nouveaux symboles.

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Les paroles des chansons de Black Sabbath sont pourtant loin d’être réellement sataniques. La référence visuelle à Satan leur aurait été imposée par leur maison de disque à des fins commerciales, pensant que cela collerait bien avec les textes du groupe. Comme nous l’avons vu plus haut, il paraît clair que l’usage de la figure de l’Antéchrist sert à personnaliser le mal que le groupe voit dans la société de l’époque (la guerre, la pollution...). Il est vrai cependant que le constant emploi du personnage de Satan, autant dans les textes que dans le visuel entourant le groupe, révèle l’ambiguïté de la démarche. On retrouve donc ici le paradoxe de l’attachement au personnage de Satan en tant que symbole de contre-culture et objet de fascination morbide, et du Satan incarnant les maux de la société.

Si la vague de contestation violente et nihiliste de la deuxième partie des années 60 est américaine, l’innovation heavy metal des années 70 est clairement anglaise. Après la création du style par Black Sabbath, Judas Priest va instaurer le chant suraigu, les duos de guitares électriques et les clous dans le vestimentaire, Motörhead la surenchère de violence dans la composition et l’accélération considérable du tempo. Il ne faut tout de même pas oublier que c’est à Kiss, groupe américain de heavy metal/hard rock, que l’on doit les peintures noires et blanches sur le visage si prisées par le dark gothic ou le black metal de nos jours.

L’idéologie (le mot est peut-être pompeux pour la réalité de la chose) derrière le genre heavy metal est aisément définissable. C’est une idéologie d’opposition sans nuances aux sociétés établies, mais aussi au Flower Power, aux hippies et aux Beatles (plus exactement au mouvement populaire lancé par le groupe), constituant une sorte de miroir négatif de ces mouvements. L’opposition est, cette fois-ci, caricaturale et le dialogue n’est pas recherché. Si les hippies et les pacifistes s’habillaient de couleurs vives aux motifs de fleurs, et arboraient un sourire de rigueur, les musiciens et fans de heavy metal s’enveloppaient dans des blousons de cuir noir ou dans des costumes sombres de sorciers et grimaçaient à chacune de leurs apparitions publiques. À l’attirance pour la spiritualité orientale, tournée vers le pacifisme et l’amour universel, ceux-ci répondaient par l’occultisme, le culte de Satan, le paganisme nordique et l’apologie quasi rituelle des scènes sanglantes. Si les Beatles puis Led Zeppelin intègrent des éléments de musique indienne dans leurs compositions, Black Sabbath déconstruira les enchaînements harmoniques du hard blues à grand renfort de tritons [3] et de chromatismes dissonants. Les groupes de heavy metal emploieront tous des supports visuels agressifs et provocants afin de peaufiner leur image négative, des références à Satan aux têtes de mort, d’une mascotte démoniaque aux logos en lettres gothiques. Cette position est évidemment puérile et superficielle. Cependant, elle témoigne du relatif échec des mouvements pacifistes. Comme nous l’avons vu, ces derniers, pris dans le tourbillon de la médiatisation, n’arrivaient plus à toucher les couches ouvrières anglaises [4]. Ces dernières ne se reconnaissaient plus dans ces mouvements et se sentaient délaissées par les héros de la culture populaire. L’anti-Orphée leur tendit donc la main...

La suite de l’histoire du heavy metal est plus connue du grand public. Entamée en 1977, la new wave of british heavy metal va porter peu à peu des groupes tel que Iron Maiden hors des cercles underground. Leur entrain, le côté épique de leurs soli harmonisés ou alternés sur deux guitares, et la prédominance du spectacle sur la violence vont faire de ces Anglais le premier groupe commercial et grand public du heavy metal. Leurs paroles sont relativement vides, reprennent tels des clichés l’imagerie de Black Sabbath, n’évoquent plus de thèmes de société, ni d’opposition à des évènements précis, alors que leurs pères spirituels traitaient encore de la guerre, notamment dans "War Pigs".

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Nous sommes donc entrés dans l’ère commerciale du heavy metal. Il faut noter, afin de prendre conscience de la popularisation de ce genre, que le magazine français du début des années 70 Métal Hurlant, mélange de comics et d’articles sur le rock et le cinéma, sera repris quelques temps après par les Américains sous le nom de Heavy Metal. Sa popularité sera telle qu’un dessin animé éponyme verra le jour en 1981. Ce pan commercial de l’engouement pour ce genre est d’ailleurs à mettre en parallèle avec l’émergence du "horror business", comprenant films d’horreur (tels que La Nuit des morts-vivants, Massacre à la tronçonneuse) ou magazines de comics d’épouvante (comme Tales from the crypt). La vague commerciale du heavy metal va puiser dans les thèmes liés à ce genre et du même coup perdre beaucoup de son côté contestataire. Ce phénomène est capital pour la compréhension de l’apparition du metal. Comme par un mouvement de balancier, très fortement marqué par la musique de Motörhead, l’innovation déterminante en heavy metal durant les années 80 sera principalement américaine avec l’apparition de sous-branches telles que le speed metal ou le thrash metal, illustrés par Metallica, Slayer, Megadeth, Anthrax ou Manowar (l’un des premiers groupes à faire référence aux champs de batailles médiévaux et aux épopées guerrières).

À ce stade, nous voyons clairement que le heavy metal, historiquement, n’est pas la seconde génération du hard rock. Le terme de new wave of british heavy metal montre bien qu’il existait préalablement un autre heavy metal. Si le hard rock l’a précédé et l’a sans doute conforté dans certaines de ses caractéristiques (par exemple sonorité et violence), ce n’est que de deux années. De plus, si leurs influences se mélangent à un certain stade (vague contestataire de la seconde moitié des années 60), elles bifurquent dans l’importance qui leur est accordée. Ainsi, le hard rock est influencé bien plus par le hard blues de Jimi Hendrix ou des Yardbirds, le heavy metal également par le hard blues, certes, mais surtout par "Born to be wild" et l’occultisme. Le parallèle entre les motards de la seconde moitié des années 60 et les joueurs de heavy metal pourrait, d’ailleurs, nous laisser penser que le heavy metal aurait pu s’inspirer plus que n’importe quel autre genre de ces routards machistes et de leur musique, si ces deux mondes n’étaient pas si éloignés et régis par leurs propres lois. Le blouson de cuir se retrouve, les membres du groupe Judas Priest n’arrivaient jamais sur scène sans leur Harley Davidson, l’un des groupes anglais les plus connus du style se nomme Motörhead (littéralement : "Tête de moteur")... Le parallèle est saisissant et nous confirme que le heavy metal ne trouve absolument pas ses sources dans le hard rock. Les deux genres sont cousins, se sont mutuellement influencés à un certain point, mais sont des corps à part entière dans la grande famille du rock.

Le nihilisme de la fin des années 60, mais aussi la volonté de redécouvrir une nature dénuée de contrainte culturelle et sociale, le penchant sauvage, plus agressif, illustrée par "Born to be wild", associés au goût pour l’occultisme et pour le satanisme, se traduiront donc, dans les années 70, par un passage du "sauvage" à la "sauvagerie" incarné par le heavy metal. Musicalement, ce dernier, à l’époque, est un hard blues ou hard rock incorporant des rythmiques saccadées et des dissonances étrangères à ces deux genres. Etrangères car non utilisées par eux, mais étrangères aussi parce que le hard blues et le hard rock sont tous deux issus d’une esthétique afro-américaine, alors que ces dissonances et ces tritons typiques du heavy metal sont proprement occidentales, dans le sens où leur usage fait référence à la vision manichéenne de l’Eglise, qui pense les dissonances ou les consonances en termes de Bien et de Mal.

(JPEG) De nos jours, le heavy metal est en perte de vitesse ; du moins en ce qui concerne l’apparition de nouveaux groupes se réclamant du mouvement. Cependant, sa progéniture est abondante. Aujourd’hui désigné sous le terme générique de metal, de nombreux genres, tels que le death, le black, l’ambiant, l’industrial ou le néo-metal s’en réclament [5]. Cependant, contrairement au thrash et au speed metal, qui forment une continuité directe avec le heavy, dans le sens où ils répondent aux critères du genre mais sous des formes plus exacerbées (quoique le thrash soit vraiment à la limite du heavy), les genres cités précédemment ne peuvent en aucun cas être considérés comme du heavy metal. La perte de vitesse de ce style au profit de sa progéniture, peut donc être datée du début des années 90, époque de la parution du Black Album de Metallica, qui vient clore le style du Metallica des années 80.

Il faut, pour conclure notre historique, noter qu’aujourd’hui des sonorités du heavy metal font régulièrement leur apparition dans la musique grand public et commerciale qui n’a, à la base, aucune vocation à diffuser un réel mal-être ni une violence spontanée. Ainsi, les arrangements d’Avril Lavigne tentent de sonner metal, ceux d’Emma Daumas, en France, ne se privent pas de grosses distorsions. Cet usage s’inscrit dans la tendance de la musique ultra-commerciale d’aujourd’hui à jouer sur l’effet sonore afin de renforcer l’image que veut se donner un artiste [6]. Avril Lavigne ou Evanescence veulent se donner une image de rebelle alors qu’ils sont un pur produit de l’industrie du disque et que ni leurs textes, ni leurs mélodies n’ont vocation de porter cette rébellion : un peu de mascara et beaucoup de sonorités metal suffiront à créer cette illusion.

Au delà de la critique de cette approche artistique, cet usage montre que le heavy metal possède une esthétique à part entière, puisque des éléments tirés hors de leur contexte musical, historique, idéologique et sociologique peuvent être employés de la sorte. Le heavy metal, pour cette raison, doit être également étudié d’un point de vue musicologique et c’est bien avec cet outil qu’il va nous révéler son caractère unique.


Pour se faire une idée du passage du "sauvage" à la "sauvagerie", il peut être intéressant d’écouter successivement les chansons "Wild Thing" des Troggs (1966), "Born to be wild" de Steppenwolf (1968)et "Paranoid" de Black Sabbath (1970). Elles figurent sur les albums éponymes.

par Jérôme Bonnin
Article mis en ligne le 23 mars 2005

[1] Par socio-musical, nous entendons un contexte fait d’influences mutuelles entre les mouvements de pensée du public et l’idéologie des groupes de rock. En effet, dans les années 60 tout particulièrement, les prises de position des groupes de rock (les Beatles par exemple) créeront de nouveaux courants de pensée dans la jeunesse et les nouvelles idées issues de celle-ci inspireront les musiciens en retour.

[2] Cette forme de "contre-culture" a été illustrée dans le film Easy Rider de Dennis Hoper, sorti en 1968.

[3] ces fameux intervalles de quinte diminuée, qui depuis le Moyen Age ont la réputation d’évoquer "le diable en musique" (diabolus in musica)

[4] Notons qu’un nombre important de musiciens de heavy metal sont issus du milieu ouvrier anglais de l’époque. Tommy Iommi, guitariste de Black Sabbath, a même laissé deux doigts dans une usine anglaise, ce qui l’a contraint à jouer avec des prothèses. On comprend donc un peu mieux la noirceur du monde véhiculée par ces groupes.

[5] L’ombre de Black Sabbath et de son goût pour le grimage, les costumes de sorciers, et les scènes orgiaques plane encore, après plus de 20 ans, sur le black metal, le gothic et le dark gothic.

[6] L’exact processus inverse de la création musicale spontanée (voire sincère) où l’artiste, à partir de son inspiration, crée une sonorité qui correspond à son état d’esprit. Ici, ce sont les sonorités, soit conseillées par la direction artistique de l’artiste sous contrat, soit utilisées par le musicien en mal d’inspiration, qui vont lui donner une image et une personnalité.

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