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Le Barbier de Séville, de Beaumarchais

Au Théâtre des Cinq Diamants à Paris, dans le quartier de la Butte aux Cailles, se joue Le Barbier de Séville, première pièce, en quatre actes, de la trilogie espagnole de Beaumarchais (Le Barbier de Séville - 1775, Le Mariage de Figaro ou la Folle Journée - 1784 et La Mère Coupable - 1792) mise en scène par Sébastien Azzopardi. A mi-chemin entre Molière et le théâtre de Feydeau, Beaumarchais offre une comédie légère riche en bouffonneries et en parties chantées, qui ne manque pas de railler les mœurs sociales et politiques de son époque, au détour de quelques bons mots.


L’intrigue se déroule entre quatre protagonistes. Le Comte Almaviva amant de la jeune Rosine, tente en compagnie de l’ingénieux Figaro, son ancien valet rencontré par hasard dans le dédale des ruelles blanches de Séville, de retarder le fatal mariage qui doit avoir lieu entre Rosine et son quinquagénaire tuteur, Bartholo. Un baron dupé par des amoureux, aidés par un valet rusé et tout un cortège de déguisements, feintes et substitutions de personne, voilà ce qu’offre au spectateur la pièce de Beaumarchais.

Le Barbier est servi par des comédiens confirmés, qui jonglent brillamment avec le texte et l’espace scénique. Le tuteur Bartholo, qui n’est pas sans rappeler l’Arnolphe de l’Ecole des Femmes de Molière est incarné très justement par Frédéric Imberty. Injuste et autoritaire car séquestrant la jeune Rosine, pestant contre les tours que lui joue Figaro, minaudant devant la jeune fille, largement dupé, Frédéric Imberty incarne un personnage repoussant durant les premières scènes de la pièce, qui devient sympathique, attendrissant au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue. De son côté, Xavier Berlioz nous offre un Figaro agile, enjoué, fortement présent sur scène alors même que ses apparitions sont limitées. Enfin, une attention toute particulière pour Gilles-Vincent Kapps, qui joue le personnage de Basile. Son visage aux angles saillants, sa large mâchoire, sa diction lente et détachée, son ton froid font de lui un Basile impassible, incarnant toute la rigidité et l’immobilité du pouvoir institutionnel.

Que souhaite montrer Sébastien Azzopardi, que l’on retrouve également à l’affiche avec Dix Petits Nègres d’Agatha Christie (adaptation du texte), en mettant en scène Le Barbier, pièce traditionnelle du répertoire français et maintes fois étudiée dans les classes scolaires ? Le jeu des comédiens est précis, net mais sans audace. La mise en scène est claire, franche et il n’est nul besoin d’aller chercher les racines contemporaines du Barbier pour la comprendre. Les décors sont réalistes et expressifs : une place de Séville pour les premières scène devant la maison du Docteur Bartholo, et pour le reste de la pièce, l’intérieur du Docteur Bartholo. Sébastien Azzopardi ne recourt pas à une mise en scène minimaliste afin de mettre en exergue le texte de Beaumarchais. Ce texte se développe dans un environnement classique, sans prétention, attendu, pour une pièce du 18ème siècle. Au final, ce Barbier de Séville est une pièce convenue. Ce qui fait l’originalité de la pièce : les quelques passages chantés qui donnent une touche burlesque au spectacle, revient à Beaumarchais et non pas au metteur en scène. Pourtant, l’absence d’innovation et de "mise au goût du jour" ne laisse pas le sentiment d’avoir vu une pièce poussiéreuse, obsolète.

Pourquoi aller voir ce Barbier ? Peut-être tout simplement pour la justesse, la qualité des comédiens et du metteur en scène, peut-être tout simplement pour rire de bon cœur sur le texte de Beaumarchais mis en valeur par cette troupe. Peut-être aussi parce que le choix de Sébastien Azzopardi de rester classique dans sa mise en scène, dans le choix des costumes est le chaînon manquant du théâtre contemporain ? A l’heure où l’on joue Molière, Shakespeare et Racine vêtus de sacs poubelle ou en costumes de ville, à l’heure où l’on joue Molière, Shakespeare et Racine dans un décor ressemblant de près ou de loin à une quelconque ZUP ou même dans un décor inexistant afin de "mettre en valeur le texte de la pièce", un peu de simplicité, un peu de qualité, un peu d’attendu finalement, voilà une bouffée d’air frais. On repart du Théâtre des Cinq Diamants gai et satisfait. Une excellente reprise de la pièce de Beaumarchais, jouée par des comédiens d’une grande qualité, sans fausse note, qui trouve toute son énergie dans la plume de son auteur et dans le dynamisme des comédiens. Un travail fort honnête pour un moment léger et divertissant.

par Aurore Rubio
Article mis en ligne le 13 mai 2005 (réédition)
Publication originale 28 février 2004

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