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L’art contemporain et ses institutions : une introduction historique

Depuis quelques années, l’État français décide de renouer avec une tradition chère à la Troisième République, l’achat et la commande publics.L’Art académique « Pompier » d’alors se devait de respecter les critères dictés par l’Académie des Beaux-Arts. Aujourd’hui, la Délégation aux Arts Plastiques, nouvelle instance de tutelle du goût, adopte des règles plus internationales mais dans le genre toutes aussi strictes. Elle ne considère comme vraiment contemporaines et digne d’attention que les oeuvres innovantes à caractère conceptuel, cela au détriment de la peinture en général.


Le musée d’Art Contemporain de Lyon a inauguré sa première exposition le 15 novembre 1996 - 15.4 ko
Le musée d’Art Contemporain de Lyon a inauguré sa première exposition le 15 novembre 1996

Les artistes - non plasticiens -, avec en tout premier lieu ceux qui demeurent attachés à la peinture figurative (il ne s’agit pas ici d’une figuration traditionnelle qui possède toujours son propre réseau), se trouvent donc la plupart du temps oubliés, voire dévalorisés, par les institutions soutenues par cette Délégation aux Arts Plastiques . Afin de réagir à cette nouvelle forme de pensée unique, d’art officiel pour certains, il semble opportun et sans doute même indispensable d’analyser la motivation qui gouverne les héritiers de Marcel Duchamp, de décrire le fonctionnement des lieux publics qui, en France, encouragent et acquièrent leurs créations, et enfin de donner ponctuellement un point de vue différent tout en rappelant la position de Kant sur l’esthétique et la notion de goût, laquelle peut sans doute encore servir de repère.

Ensuite, il paraît plus intéressant d’insister sur le rôle des pouvoirs publics qui interviennent de façon très peu démocratique, plutôt que de souligner les excès d’une avant-garde pouvant fort bien s’inscrire dans une logique de l’évolution des arts.

Si l’art contemporain semble un terrain difficile la peinture même, dès lors qu’elle s’éloigne des créneaux post-impressionnistes, régionaux ou décoratifs, se trouve également confrontée à des problèmes de marché. On peut alors parfaitement se demander pourquoi une aide sélective est attribuée aux installations, à l’art conceptuel en général, avec le risque de voir ces tendances « surreprésentées ».

En second lieu, afin de mieux cerner la situation actuelle, il s’avère utile d’énumérer et de commenter brièvement les mouvements importants qui se sont succédés et qui ont marqué l’histoire de l’art moderne. Ce retour vers un passé récent, le XIXe siècle, semble nécessaire pour bien saisir l’évolution logique qui conduit à la liberté totale d’interprétation et d’expression dont l’aboutissement pourrait s’apparenter au « Carré Blanc » pour l’abstraction et à « l’Urinoir » pour le conceptuel. Il montre également que la valeur esthétique, retenue par l’histoire de l’art, réside pour une bonne part dans un équilibre subtil entre innovation et référents conventionnels

De l’Académie des Beaux-Arts à la délégation des Arts plastiques

1928, Palais des Beaux-Arts, Paris, P. Landowski, L’hymne à l’Aurore - 19.1 ko
1928, Palais des Beaux-Arts, Paris, P. Landowski, L’hymne à l’Aurore

L’Académie de France à Rome, à travers son histoire, semble cristalliser en partie l’emprise qu’ont exercé sur les Arts certains réseaux d’influence et peut parfaitement faire office d’introduction. Cette Fondation, créée sous Louis XIV, se propose d’offrir à de jeunes artistes la possibilité de parfaire leur éducation artistique et historique au contact de Rome. Après le pillage de son premier lieu d’accueil, le Palais Mancini, l’Académie s’installe définitivement en 1803 à la Villa Médicis et passe sous la tutelle exclusive de l’Institut de France qui délègue à une de ses composantes, l’Académie des Beaux-Arts, le soin d’organiser le concours pour les Prix de Rome. La musique et la gravure rejoindront ultérieurement la peinture, la sculpture, et l’architecture. La Villa Médicis a accueilli entre autres célébrités : Ingres, Carpeaux, Garnier, Berlioz, Gounod...

Au siècle dernier, l’Académie de France constitue un véritable tremplin pour la reconnaissance sociale du lauréat. Alexandre Cabanel (1824-1889), Grand Prix de Rome de peinture en 1845, accède de cette façon à une carrière officielle, comme membre de l’Institut et professeur aux Beaux-Arts. Napoléon III est un de ses fidèles admirateurs et commanditaires. Cabanel, par sa notoriété, contribue à maintenir le Salon dans un genre académique en écartant en particulier Manet et les impressionnistes avec leurs paysages. En effet, selon les règles sévères de la peinture académique, le thème d’un tableau de "grand-style" devait provenir de la Bible, de l’Antiquité ou encore de l’Histoire nationale, communiquer un message moralisant avec signification universelle tout en exaltant la sensibilité d’un large public.

André Malraux nomme, en 1961, le peintre Balthus directeur de la Villa Médicis ; le Prix de Rome commence alors à s’affranchir des règles néo-classiques. A la suite des événements de Mai 68, l’appellation « Prix de Rome » est supprimée. Depuis 1971, après plus d’un siècle de tutelle par l’Institut, l’Académie de France est rattachée au Ministère de la Culture.

De nos jours, le mode de sélection des futurs pensionnaires n’est plus clairement établi. En tous cas, il ne repose plus sur des lois académiques considérées comme définitivement dépassées et encore moins sur la reconnaissance d’un public forcément profane. Actuellement, la Villa Médicis ne semble plus présenter une caution suffisante de réussite mais elle assure sans doute encore un lien avec les réseaux d’influence et permet peut-être encore d’obtenir un poste d’enseignant-fonctionnaire dans une école d’Arts.


Notes

 La Délégation aux Arts Plastiques du Ministère de la Culture définit et met en oeuvre la politique de l’État dans le secteur des Arts Plastiques. Elle contribue à déterminer l’aide aux créateurs, les acquisitions et les commandes. Elle se charge notamment : de la coordination des procédures de commandes publiques, des questions relatives aux professions agissant dans le domaine des Arts, de l’orientation de la formation ainsi que des relations avec les établissements d’enseignement artistique. A titre d’exemple sont placées sous la tutelle de la Délégation : l’Académie de France à Rome, l’École Nationale Supérieure des Beaux Arts, celle des Arts Décoratifs... Cette structure a comme mission d’assurer auprès du public la diffusion, en principe, de toutes les formes d’expressions plastiques. Toutefois, elle comporte un département spécifique en faveur des Centres d’Art et des FRAC.

 Marcel Duchamp : 1887-1968. Il annonça le mouvement Dada dès 1913, avec ses "Ready-made". Par exemple un séchoir à bouteilles placé dans un musée en tant qu’oeuvre d’art. Ses conceptions influencent de très nombreux courants de l’art actuel.

 Cf. Arts Info - Mars 1996, n° 78 (revue officielle de la Délégation qui a cessé de paraître en 1998). Les disciplines admises à l’Académie de France à Rome pour des séjours variant de 6 à 24 mois se sont diversifiées. Des secteurs tels que la scénographie, l’audio-visuel, les lettres, sont désormais représentés.

 Une ordonnance de 1663 confie à l’Académie des Beaux-Arts l’organisation du Salon. Vers la fin du XVIIIème, elle exerce déjà une sorte de monopole sur l’éducation artistique. A partir de 1950, le style académique sera dévalorisé et même tourné en dérision, avant de connaître une réhabilitation partielle grâce à l’ouverture du Musée d’Orsay en 1986

par Marc Verat
Article mis en ligne le 17 mai 2005 (réédition)
Publication originale 10 avril 2004

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