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Toulouse-Lautrec à l’affiche

Exposition au musée Maillol à Paris jusqu’au 6 mai 2002

Henri de Toulouse-Lautrec est né à Albi et c’est grâce au prêt du Musée de cette ville que le Musée Maillol nous présente une soixantaine de lithogravures de l’artiste. Point de peintures, donc, mais des épreuves. L’exposition se veut aussi technique, puisqu’on peut y voir plusieurs épreuves d’une même affiche, avec des essais de colorisation successifs. L’effet produit est instructif, sans oublier les panneaux explicatifs sur la méthode de la lithogravure.


Toulouse-Lautrec, on le sait, est l’homme des cabarets et des maisons closes. Et d’ailleurs, on a son content de portraits de cabarétistes-poètes comme Aristide Bruant, Yvette Guilbert ou Jane Avril, son amie. Coiffures blondes ou rousses des femmes, ongles rouges et vieux messieurs adipeux en mal de séduction. Cependant, rien de malsain. La nostalgie seulement. Qui nous fait quelque peu regretter ce début de siècle dernier, cette période d’avant-guerre, cette période où l’on créait sans nécessairement se sentir heurté par le spectre de la mort. Les rires et les entrechoquements des verres tintinabulent et s’échappent de ces affiches-là. On voudrait, on pourrait presque se mêler à cette fête légère et anachronique.

De l’autre côté de Toulouse-Lautrec l’enchanteur, on trouve, image moins connue, le résistant. Celui qui entre en contact avec le milieu de la Revue Blanche et publie ses affiches publicitaires comme autant de pieds de nez insolents, ironiques et subtils à une société de consommation débutante, à une société où la peine de mort continue de sévir. L’affiche est là pour un feuilleton : un homme prêt à être décapité par la Veuve se montre au premier plan, la gueule tordue et verdâtre, tandis que derrière lui un prêtre semble effacer toute pudeur religieuse derrière un masque noir et blanc et qu’une ligne d’officiers à cheval - leurs pieds sont étrangement "sabottés" - forme un barrage sombre et inhumain masquant l’horizon. Dépersonnifiés, ces officiers de police sont des parangons de soldats nazis avant l’heure... Tout dans cette affiche - la composition implacable, le choix des couleurs, le thème même - fait de Toulouse-Lautrec un visionnaire.

Et d’ailleurs, ne serait-ce pas aussi le travail d’un visionnaire que de s’attacher à représenter ce monde clos des prostituées pour messieurs bourgeois, monde qui a disparu au profit d’une activité souterraine et par conséquent malsaine ? Toulouse-Lautrec est mort à l’âge de 37 ans. On remercie le Musée Maillol pour cet hommage à une oeuvre qui n’a, finalement, pas perdu grand chose de son actualité. Et ce peut-être à cause de la nostalgie même qu’elle provoque.

par Emily H.
Article mis en ligne le 23 mars 2002

Informations pratiques :
 artiste : Toulouse Lautrec
 dates : jusqu’au 6 mai 2002
 lieu : Musée Maillol, 61 rue de Grenelle, 75007 Paris
 renseignements : tél. : 01 42 22 59 58, fax : 01 42 84 14 44, e-mail : contact@museemaillol.com

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