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Entretien avec Cédric Littardi, à propos de "Lodoss" (2)

A propos de "Lodoss" dans l’hexagone

Lodoss est une île perdue au bout d’un continent, et il fallut un découvreur pour nous tracer les cartes jusqu’à ses rivages. A ce seigneur tout honneur, c’est donc par un entretien avec Cédric Littardi que débute ce dossier sur les univers de Lodoss, l’occasion également de parler de Kaze Animation et de la sortie prochaine de la série La légende des 12 royaumes.


(JPEG)Cédric Littardi bonjour, pouvez-vous nous dire pourquoi vous avez décidé d’éditer les OAV des Chroniques de la guerre de Lodoss en France ?

Oh ! sur un coup de tête... (rire) L’objectif était de proposer un dessin animé qui n’ait jamais été diffusé en France, nous attention s’est portée vers les OAV et les films. Ce qui nous a parru le plus adapté à l’époque était Lodoss : quelque chose de récent, et de relativement connu. En plus c’était de l’héroïc-fantasy, donc une matière relativement facile à expliquer, et bien identifiable, en particulier pour les diffuseurs.

Le mélange de fantasy et japanime n’allait pas forcément de soi, ni en France, ni au Japon où c’était la première oeuvre du genre produite. Cet élément est-il entré en ligne de compte dans votre réflexion ?

C’est quelque chose qui ne va pas toujours de soi. C’est le sujet de relativement peu d’anime au Japon, ou alors ce sont des produits basés sur l’humour. Maintenant il faut voir que le public auquel on s’adresse représente une niche. En choisissant un programme d’héroïc-fantasy, on s’adressait à la fois à la niche des amateurs de manga, et à la niche des amateurs d’héroïc-fantasy.

Vous n’avez pas eu peur que les deux niches ne puissent pas se rejoindre ?

On aurait pu avoir peur. Maintenant, c’était un risque calculé.

Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulé l’achat des droits avec les Japonais ?

A l’époque le contact s’est noué par le biais d’une société qui avait un bureau en France, et qui représentait les corporations japonaises, dont celle qui détenait Lodoss. C’est avec eux que fut conclu l’accord d’édition, sans rencontrer directement les Japonais.

(JPEG)En France, quelles furent les réactions des diffuseurs ? Avez-vous bénéficié de l’effet "Club Dorothée", encore diffusé à l’époque, qui passait beaucoup de japanime ?

A l’époque non. On a bénéficié de l’effet du "Club Dorothée" d’avant, ce sont massivement des gens qui avaient regardé le "Club Dorothée" quelques années plus tôt qui se sont intéressés à Lodoss. Il est indéniable qu’à chaque fois que la télévision a diffusé de l’animation japonaise massivement, ça a bénéficié au marché par la suite. Le problème, ce sont les oppositions de parents parfois violentes qui le font reculer à chaque fois pour quelques années.

Les oppositions de parents ont-elles beaucoup nuit à Lodoss ?

Les oppositions de parents ont nuit à la Japanime dans son ensemble. Depuis 1979 le marché est sur une courbe de ventes ascendante, à peu près linéaire avec quelques variations. 1979 correspond à un pic de ventes, ensuite la tendance descend entre 1981 et 1984, ça repart en 1988, 1992 ça redescend. Après il y a eu Pokemon, on peut encore continuer comme ça, mais sur un trend de long terme on obtient une progression vaguement linéaire du marché depuis 1979... Ces variations n’empêchent pas le public de croître, puisqu’il y a de plus en plus de générations qui se sentent concernées par les anime. Les gens comprennent de quoi il s’agit. Si l’évolution était constante, l’effet serait forcément plus bénéfique, mais les choses sont ainsi faites que, non ! Dès lors que ce n’est pas de la production française, les parents s’opposent à des choses auxquelles, à mon avis, ils ne devraient pas s’opposer.

Le succès en France fut-il immédiat ?

Tout dépend de ce que l’on appelle succès. En 1994, on avait sorti, sous un autre label, une première OAV (la légende de Lemnear) qu’on avait amortie. Quand on a réussi à amortir et à placer Lodoss, et dans la mesure où ce furent les premières OAV mises en vente, ça a créé une ouverture et c’était une faramineuse réussite. Cependant, si on regarde les chiffres de vente de Lodoss au départ, n’importe quel éditeur vidéo classique les considérerait comme un échec. Pour nous, Lodoss se construit sur le long terme, et se construit encore aujourd’hui.

Et la sortie en vf a amplifié l’audience ?

On a revendu en vf le même nombre de VHS qu’en vost, ce qui a été considérable. C’est un des titres d’animation japonaise les plus vendus en France, et on continue d’en vendre régulièrement. Dix ans après la sortie des OAV, nous continuons à faire des réimpression régulièrement.

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Par la suite, vous avez décidé de sortir Les Chroniques du chevalier héroïque, ainsi que le film et les OAV de La légende de Crystania. Que pensez-vous de ces séries par rapport aux OAV des Chroniques de la guerre de Lodoss ?

On aurait bien aimé les sortir plus tôt. Ce qui a fait qu’on les a sorties, c’est que les Japonais étaient disposés à nous les vendre à ce moment là. Parce que quand on lance une série de l’envergure de Lodoss, on est naturellement intéressé pour faire la suite. Même si ce sont des séries moins intéressantes que la première, ce n’est pas comme s’il existait des alternatives, donc nous étions intéressés pour faire ce qui était disponible sur le marché. Cela dit, je trouve la Légende de Crystania passionante. Quant au Chevalier héroïque, c’est destiné à un public plus jeune, et pour ce public, cela peut être une bonne introduction au monde de Lodoss.

(JPEG)Il est à présent question que Kaze publie le manga la Dame de Falis abandonné par Delcourt ?

Nous travaillons sur La Dame de Falis, en effet. Il est également prévu que nous publions les romans de Lodoss, qui sont la base de cet univers. Dans les deux cas, ce sont d’excellentes opportunités pour tous ceux qui aiment Lodoss.

Est-ce qu’un planning est prévu ?

Pour La Dame de Falis, ça sera au plus tard en janvier pour le premier volume, parce qu’il y a trop de sorties de manga en décembre. Pour ce qui est des romans, il n’y a pas encore de date, car nous n’avons pas commencé à travailler dessus. Il faut prévoir un important temps de traduction, nous sommes en train de finaliser avec le traducteur.

(JPEG)Publierez-vous aussi d’autres manga qui se déroulent dans l’univers de Lodoss, ou uniquement La Dame de Falis ?

Il se trouve que La Dame de Falis est la seule chose qui vaille vraiment la peine. C’est un manga qui ne reprend pas l’anime et qui raconte ce qui s’est passé avant. De plus, il est mieux dessiné que les autres, c’est l’oeuvre de Yamada Akihiro qui est l’un des meilleurs illustrateurs au Japon, qui a également travaillé sur les 12 Royaumes. Cette série représente un vrai apport pour le monde de Lodoss. Tout le reste de ce que j’ai vu en manga constituait en général des reprises, parfois sympatiques, mais pour un public un peu plus jeune. Les romans, eux, sont incontournables, puisqu’ils constituent la base. Je ne reviendrai pas sur leur intérêt, puisqu’ils sont évidemment plus riches : lorsqu’on écrit, on a plus de moyens pour développer les choses que dans un épisode d’OAV. Je ne sais pas pour le reste, mais Kaze se concentre sur les éléments qui lui paraissent les plus intéressants, et en l’occurence, ce sont ceux-ci.

Connaissez-vous le jeu de rôle Lodoss : Sword World qui, avec les romans, fut l’une des premières composante de l’univers de Lodoss ?

Lodoss, au départ, était une histoire de Donjons et Dragons, puis ils ont développé un jeu de rôle et des romans. L’aventure dans Lodoss était donc la première composante, puis se sont écrits les romans de cette première campagne, et ensuite le jeu de rôle a été publié. Je ne suis pas un spécialiste du jeu de rôle de Lodoss, mais ça n’est guère plus qu’un clône de D&D comme il y en eut tant dans le monde à l’époque de la naissance du jeu de rôle. Ce que je suggère aux gens qui sont intéressés, c’est de jouer à D&D et de reprendre le monde de Lodoss. J’ai également vu des publications de caractéristiques pour adapter D&D au monde de Lodoss, y compris en adaptation française. Je préfère personnellement partir des OAV, de la série, ou des romans qui mettent bien en scène l’univers pour ensuite les réadapter, que de prendre un jeu de rôle qui a été conçu à une époque où il n’y avait que D&D ou presque, et qui sera forcément un clône, pas nécessairement mal fait, mais qui n’enrichit pas vraiment le genre.

Pourquoi la fantasy ? Avez-vous une attirance particulière pour cette matière, ou était-ce une occasion ?

J’ai toujours eu une attirance particulière pour la fantasy. Pour moi, science-fiction et fantasy sont les deux revers d’une médaille, qui sont l’un comme l’autre une anticipation de ce qui pourrait se produire, soit de ce qui a pu se produire. Moi, j’ai une petite faveur pour l’héroïc-fantasy, je suis un rôliste convaincu, et j’ai toujours été intéressé par les univers imaginaires. En France, en tous les cas, il est beaucoup plus facile de proposer au public et aux diffuseurs de la fantasy que de la science-fiction. Il y a une anti-culture à l’égard de la science-fiction de la part du grand-public qui est très forte ici. Je cite en exemple le fait que notre pays soit l’un des seuls d’Europe où on ne diffuse pas Star Trek à la télévision. Ce n’est pas le goût pour cette matière qui nous a fixés au départ sur Lodoss. On voulait faire quelque chose de bien, or il s’avérait que Lodoss correspondait, ensuite, c’était encore meilleur du fait que ça soit de la fantasy, mais ça n’a pas été décisif dans le choix de la série. Si on avait pas pu éditer Lodoss, on l’aurait fait avec autre chose. Il se trouve que Lodoss était notre premier choix, et que nous avons eu de la chance.

(JPEG) Lodoss est un univers de fantasy très classique, n’aviez-vous pas peur que le public français, initié par la littérature à des choses plus complexes dans cette matière, ne soit pas réceptif ?

Je pense la chose suivante : il y a un classique incontournable du genre en roman, Le Seigneur des Anneaux. On peut en trouver d’autres après, mais il est déjà essentiel parce qu’il fonde le genre. Il y a des classiques en jeux, puisque Le Seigneur des Anneaux a servi de base pour en concevoir, dont le fameux D&D. En 1994, on ne peut pas dire qu’il y ait eu un classique audiovisuel d’héroïc-fantasy qui se soit vraiment imposé. Le seul qui se soit vraiment imposé, depuis, c’est Le Seigneur des Anneaux. Mais même aujourd’hui, où il y a cette référence au cinéma, il n’y a toujours pas de classique en dessin animé. Il n’y a pas d’anime d’héroïc-fantasy au monde qui soit devenu un classique au même titre que Lodoss. Il y a eu des essais, par exemple les Américains ont fait Donjons et Dragons, il y a eu quelques essais japonais, il y a l’adaptation animée du Seigneur des Anneaux de Ralph Balkshi, il y encore des essais aujourd’hui : il y a Chasseurs de Dragon, la nouvelle série de Futurikon, qui est d’ailleurs une très bonne série pour enfants et qui pourrait devenir un classique. Aujourd’hui, l’héroïc-fantasy est un genre qu’on peut dire fort, qui a des classiques dans plusieurs médias, et qui a un classique en anime, internationalement, qui est Lodoss. Il n’y en a pas d’autre ayant la même portée.

(JPEG)Vous allez bientôt sortir la Légende des 12 royaumes, un anime très attendu, qui est également dans un univers de fantasy. Comment le compareriez-vous à Lodoss ?

Les 12 Royaumes sont à la mythologie chinoise ce que le Seigneur des Anneaux (ou Lodoss à la rigueur) est à la mythologie occidentale. Ce n’est pas de l’héroïc-fantasy à proprement parler, c’est de la fantasy orientale. Il y a pas mal de tentatives dans ce domaine d’ailleurs, car l’industrie du film asiatique est bien ancrée dans cette matière. Par rapport à Lodoss, je pense que les 12 Royaumes sont plus difficiles d’approche, car ils correspondent moins à notre culture que Lodoss, mais je concevrais mal que les gens qui aiment Lodoss n’apprécient pas les 12 Royaumes. C’est une fantastique saga, qui se déroule dans un monde plus original pour nous, qui tire son inspiration de romans, et qui a donc une grande richesse de contenu.

Quelles sont vos attentes sur cette série ? Va-t-elle devenir une série phare ?

Personnellement j’ai de grosses attentes. Je ne suis pas convaincu d’avoir raison, car malheureusement je ne suis pas sûr que les gens soient assez curieux pour s’investir dans un anime aussi complexe. En fait la saga des 12 Royaumes a été diffusées sur Fuji TV au Japon, ce qui est à double tranchant : l’avantage c’est que c’est une télévision nationale qui est très regardée. L’inconvénient, c’est que comme c’est une télévision nationale qui est une société qui ne possède pas de média d’information sur les dessins animés, on en a très peu parlé dans la presse spécialisée en japanime. Or cette presse est lue par les gens à l’étranger. Je pense donc que la réputation des 12 Royaumes ne s’est pas assez faite pour que les gens aient autant d’attente qu’avec d’autres séries pas forcément aussi intéressantes.

Pour conclure, si vous deviez ajouter quelque chose sur Lodoss... ?

Il y aurait beaucoup à dire sur Lodoss. A présent, sur l’existence de Lodoss en France, je pense que la série a encore beaucoup de potentiel. Je me navre aujourd’hui qu’aucune télévision hertizienne ne tente de diffuser Lodoss, car c’est une des meilleures ventes vidéos de France, ce qui pose une fois de plus le problème du fossé entre les décideurs de diffusion de programmes et le public. On verra si la diffusion de GTO arrive à débloquer des choses.

N’avez-vous pas peur que le style graphique des OAV, très particulier, statique et vieilli, ne soit un obstacle pour le public des chaines TV, habitué à des choses beaucoup plus fluides ?

C’est valable pour toute la japanime. Tout le monde sait bien que ce n’est pas la qualité de l’animation, ou la fluidité qui fait le succès d’une série. C’est un avantage d’avoir une bonne animation, mais aujourd’hui, Lodoss n’a quasiment pas vieilli. On diffuse bien au cinéma un film de 1986 (Laputa) et à faire à peu près un million d’entrées en France. Le problème est qu’on se trouve en face de gens qui ne comprennent pas comment ça marche, et qui ne savent pas ce qu’est l’héroïc-fantasy.

par Pierre Raphaël
Article mis en ligne le 21 octobre 2004

L’actualité Lodoss en France

- Les chroniques de la Guerre de Lodoss sont disponibles en coffret dvd chez Kaze Animation, ainsi que Les chroniques du chevalier héroïque et La légende de Crystania.
- La dame de Falis sortira vraisemblablement dans en janvier 2005

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