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De l’amour

Love-story à la cité

Maria a vingt ans, est jolie, capricieuse, agaçante et pas vraiment responsable. Par son entêtement immature, le vol d’une culotte dans un supermarché va se terminer par un viol au commissariat. De quoi sérieusement mettre en fureur son copain Karim, et Linda et Manu, d’autant plus que leur innocent ami Bouboule a été lui aussi arrêté ; pour trafic de drogue. La grande question est : l’amour triomphera-t-il ?


Jean-François Richet, seul cinéaste à traiter la cité de manière politique et militante, cesse ici de dénoncer pour mieux conter. Son but : se focaliser sur les sentiments. Mais comme on ne se refait pas, il inscrit tout de même son histoire dans le cadre familier du monde ouvrier de banlieue.

Maria la peste ! (JPEG)Les partis-pris de mise en scène soulignent ce basculement vers le cinéma de fiction. Mis-à part la présence - pratiquement nouvelle pour le réalisateur - d’acteurs professionnels, les angles de prise de vue et les mouvements de caméra, très clairement cinématographiques (plongées, travellings coulés, plans saisis en diagonale), tranchent avec l’âpreté du style documentaire en noir et blanc, sommairement éclairé et rageusement monté de son premier film (le très noir et fort bon Etat des lieux). A cette orientation filmique vers une forme plus lyrique s’accole hélas un fond sur lequel on peut émettre de franches réserves.

Linda, Karim, Maria et Manu à l'UGC (JPEG)Un peu à la manière de son deuxième film (Ma 6-T va crack-er), c’est un peu brouillon et on se demande où J.F. Richet veut en venir. Son film, dans un premier temps agréablement décalé par rapport aux canons du film de cité, se perd dans plusieurs directions : comédie décontractée, cinéma intimiste, cinéma social, ou de suspense, ces deux dernières étant les moins convaincantes. La représentation de l’usine et de l’ouvrier reste ici assez superficielle. Quant au flic macho et raciste, auteur du viol, même s’il échappe à la caricature lorsqu’on se rend compte de sa détresse intérieure, il s’agit d’un ressort dramatique particulièrement peu original, tout comme le déroulement de la vengeance des jeunes est bien pauvre en émotions transmises. Le film tâtonne ainsi entre ces possibilités sans se décider à prendre l’une ou plusieurs d’entre elles à bras le corps.

Tant est si bien que lorsque les lumières se rallument, on a un peu le sentiment qu’après l’entracte, le film va enfin aborder le vif du sujet. C’est dommage car le ton est juste, mais De l’amour est un film un peu plat, manquant des frémissements et des emportements de ce fameux sentiment qu’il s’était pourtant employé à traiter.

Reste que le compositeur Bruno Coulais a décidément bien du talent.

par Alaric P.
Article mis en ligne le 15 avril 2004