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Mischka, de Jean-François Stevenin

Mischka, troisième film de Jean-François Stevenin est un magnifique road movie qui fait la part belle aux émotions et aux rencontres. La grande surprise de ses deux premiers mois.


Comme l’explique l’affiche : "une vraie famille ça se choisit." Voilà, donc le thème principal du film, la famille sous toute ses formes : traditionnelle, éclatée et recomposée. On retrouve au début du film, un couple, ses deux enfants et le grand-père Mischka. Le père s’énerve au volant contre sa femme, il est rapidement dépassé par les événements. Les choses vont bien mal quand Mischka disparaît sur une aire d’autoroute. Cette famille de forme traditionnelle est celle qui ne fonctionne plus. Les personnages vont alors choisir de partir par des chemins de traverse pour retrouver une certaine forme de bonheur.

C’est le cas de Jane (belle révélation Salomé Stevenin) qui n’a plus vu son père depuis plusieurs années et décide de partir d’Angleterre en France à sa rencontre. C’est la même histoire pour Gégène(Jean-françois Stevenin) qui lui se trouve dans le cas inverse. Au nouveau modèle de la famille éclatée correspond un nouveau type de comportement et donc un nouveau type de récit. L’histoire de Mischka est une tentative de remettre en ordre des petits morceaux de vie, de personnages.

On assiste donc véritablement ici à un art du collage, symbolisé par ses coupes étonnantes au milieu des plans. Narrativement, le film constamment à l’image de ses personnages est d’une liberté totale. On suit chacun des 4 ou 5 personnages principaux dans leur fuite, en groupe (Gégène rencontre Mischka et prend la route avec lui puis Jane et Joli-coeur par un phénomène d’agrégation) ou seuls (chacun a ses moments d’isolement à l’écart du groupe qui mettent les autres en émoi). Chacun porte en lui un petit bout d’histoire qui fait constamment écho à celle des autres.

Ainsi, Joli-coeur a été choriste pour Johnny, une des idoles de Jane. Gégène et Mischka après des années difficiles sont tous les deux à la recherche d’un nouveau départ. Cette dynamique de groupe qui se met en place est génératrice à la fois de moments de bonheur mais aussi de tensions. Les personnages de Mischka sont, à ce sujet là, très forts, avec des personnalités et des caractères très marqués. C’est eux qui font toute la saveur et la vérité du film. Les corps, les gestes sont tous très importants comme le montre très bien l’ouverture du film sur des plans de vieilles mains abîmées. Les personnages se touchent,se consolent, s’animent de rage ou sous l’effet de l’alcool.

Finalement, cette "famille" recomposée fonctionne plutôt bien. Elle leur permet à tous d’aller de l’avant et de rompre avec l’enfermement de la solitude. Chacun retrouve un rôle symbolique et notamment Mischka grand-père de substitution aux jeunes personnages. Il n’est donc pas étonnant que Stevenin se soit amusé à faire jouer sa femme et sa fille dans d’autres rôles recomposant une famille de cinéma faite aussi d’amis comme Johnny qui apparaît dans deux scènes étonnantes du film.

On peut noter à ce niveau là que Stevenin se permet de faire un rapprochement très intéressant en arrière-plan avec la relation franco-allemande longtemps faite de conflits (la mention de la résistance et de la collaboration avec l’ami Muller) mais qui aujourd’hui évolue vers une pacifique réconciliation au sein de l’Europe comme si la morale du film dépassait largement les personnages.

Cette nouvelle famille leur donne surtout à tous une seconde chance de prouver qu’ils sont encore capables de s’ouvrir aux autres et de faire la paix avec leur passé au prix parfois de déceptions. C’est le cas notamment de Gégène, personnage enfermé sur lui-même et ses soucis. Les nombreuses scènes de retrouvailles sont très importantes dans le film notamment à la fin. Tout le monde revient finalement à sa place, pacifié et enrichi de l’aventure vécue. C’est donc à un art du vagabondage et des rencontres qu’on assiste ici. Stevenin a retrouvé sa joie de filmer et de nous raconter ses petites histoires pour notre plus grand plaisir.

par Boris Bastide
Article mis en ligne le 13 octobre 2004