Artelio

accueil > dossier > A la frontière des influences : la fusion en jazz > article




 

Hammond, l’orgue qui groove

Breakout fut le premier album qu’enregistra [1] Johnny "Smith" Hammond pour Taylor sous le label Kudu, lequel était chargé de promouvoir in fine l’image de CTI en promouvant un jazz cool, raffiné et distingué.


Breakout est l’album dans lequel un certain Grover Washington Jr débuta au ténor secondant Hank Crawford à l’alto, sur les recommandations d’Hammond lui-même.Grover Washington Jr (JPEG) Deux saxophonistes [2] d’exception pour servir Hammond, et qui déploient leurs talents ensemble tout au long de l’album et en particulier sur la reprise de "Never can say goodbye". [3]

Car ce dont il s’agit précisément dans cet album, c’est bel et bien de groove comme l’indique quasiment éponymiquement la deuxième piste de l’album : "Workin’ on a groovy thing". De groove donc. Et dès les premières secondes passées, on perçoit très clairement ce dont il est question. L’orgue véloce, puissant sans qu’il n’écrase jamais les autres pupitres, les faisant même mieux ressortir : à l’instar des effets de percussion d’Airto Moreira, percussionniste culte, et de son solo clôturant quasiment la reprise live d’"It’s too late". Un son qui groove car fondamentalement équilibré, mesuré.

Le groove donc. Voilà ce que contribue à mettre en oeuvre Hammond. Grâce à son instrument d’abord. Il est indéniable que l’instrument, le fameux orgue Hammond, y contribue grandement. Nombre d’organiste, et pensons par exemple à Jack McDuff  [4], enregistrèrent des albums qui furent autant de manifestes pour le groove que l’est Breakout. D’ailleurs, si l’on écoute ce morceau, on est d’abord frappé par la vélocité de la rythmique en place : orgue, batterie, percu et basse. Un son punchy, un thème incisif. Et un résultat qui ne se fit pas attendre : Breakout fut un tube repris aussitôt sur nombre de radios. Un jazz nouveau naissait. Un jazz emprunt d’une dynamique électrique. Un jazz dont le swing se fait groove aux tonalités rock : aux confins des musiques, des inspirations... la fusion.

C’est cette transition qu’illustre pour nous Breakout : les contrepoints de "Workin’ on a groovy thing" permettent non seulement d’établir un swing, mais encore et surtout d’être alors le contrepoint de certains autres morceaux : que ce soit de "Breakout" ou d’"It’s too late", dont les accents "électriques" sont bien plus présents et groovy.

(JPEG)
Wild Horses rock steady

Suite à cette collaboration avec Taylor, Hammond enregistra en 1972 un autre album pour CTI : Wild Horses rock steady. Puis il quitta CTI pour revenir auprès de l’album qui le révéla : Prestige. En bref, Breakout est un disque qui vous permettra soit de découvrir les possibilités groove de l’orgue en tant qu’instrument de jazz, soit de connaître un artiste méconnu [5], et j’ose vous espérer de passer un agréable moment musical.

par Hermes
Article mis en ligne le 28 mars 2004

[1] Il fut réalisé sur deux jours, les 3 et 4 Juin 1971 par Rudy van Gelder, ingénieur du son culte qui oeuvra grandement pour Blue Note.

[2] Surtout c’est sur "Workin’ on a groovy thing" que les réponses de l’un à l’autre sont particulièrement nettes et convaincantes alors qu’ils ne font que soutenir le chorus d’Hammond !

[3] Reprise que certains pourront trouver quelque peu sirupeuse voire facile, reprochant alors à CTI de parfois se complaire à réaliser des reprises par trop commerciale. Certes. Mais la reprise live de "It’s too late" permettra à chacun d’être d’accord sur le fait que cet album est une réponse créative à ses esprits chagrins.

[4] Nous reviendrons ultérieurement sur cet organiste et à certains de ses enregistrements... plus tard

[5] Je n’ai pas trouvé de site dédié intégralement à Hammond sur le net...