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Love : Forever changes

Groupe assez méconnu mais néanmoins indispensable, articulé autour des géniaux Arthur Lee et Bryan McLean, Love aura contribué mieux que quiconque à la renommée de la scène californienne des années 60 aux côtés des Doors et des Byrds. Prés de 40 ans, des groupes comme The Coral ou Girls in Hawaï témoignent de l’influence toujours vivace de la formation au nom le plus envoûtant au monde. Explication avec le cas Forever changes.


Chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre, obligatoirement rangé dans toute discothèque qui se repecte aux côtés d’autres étendards pop tels que Pet Sounds (The Beach Boys), Odessey and Oracle (The Zombies) ou Sgt Pepper (The Beatles), Forever changes est un de ces disques inépuisables, addictifs, dont on tombe amoureux, au fur et à mesure qu’il nous accompagne.

A la première rencontre ("Alone again or") on est forcément séduit, mais méfiant, car tout le monde a connu ça un jour : lorsque le coup de foudre se produit, le monde semble merveilleux, illuminé, mais arrive souvent par la suite le temps des desillusions. Ici, en l’occurrence, ce n’est pas le cas : on se rend compte que l’on a affaire à l’une de ces perles sur lesquelles on tombe rarement dans la vie, l’un de ces diamants qu’on ne pensait jamais pouvoir tutoyer, même dans nos rêves les plus doux. Pourtant, les mois passent, et un constat s’impose : impossible de s’en détacher. Leïtmotiv qui concerne aussi bien l’auditeur que la bande d’Arthur Lee, alors sous l’emprise de l’héroïne et du LSD.

Album plus mythique de par sa genèse cahotique que par son résultat penserez vous ? "Alone again or", le premier titre, apporte déja un début de réponse : le côté flamboyant et violemment baroque de la composition, les envolées de violons et la mélancolie foudoyante des trompettes mariachi annoncent un disque haut en couleur et inspiré. Le reste de l’album ne vient que confirmer le génie dont fait preuve la bande à Arthur Lee en cette année 1967. La beauté du chant de celui-ci, la richesse et la diversité des arrangements et des instruments utilisés (en vrac : du cor, des trompettes mariachi, du violon, du clavecin, etc...) propulsent certains morceaux à un haut degré d’incandescence.

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On voyage du speedé "A House is not a motel", avec son riff légendaire de guitare en début de chanson, au paisible et déchirant "Andmoreagain", en passant par un "The good humor man he sees everything like this", totalement décadent et partant dans toutes les directions (la conclusion de la chanson est à ce titre éloquente : saccadée, spasmodique et déviante). Une chanson un peu à l’image de l’Amérique de cette période, embourbée dans la guerre du Vietnam et en pleine psychose de la Guerre Froide, évoquée d’ailleurs dans "The Red Telephone", chanson la plus ouvertement politique de cet album.

La radiographie du pays de Nixon, décrit comme malade, violent et paranoïaque, rejoint celle d’autres artistes de l’époque comme Peckinpah ou Dylan. Prônant à travers leur musique le métissage, que ce soit de la musique ou des populations (il s’agit du premier combo multi-ethnique dans l’histoire du rock), Love est un de ces groupes emblématiques d’une époque, d’un état d’esprit, au même titre que The Doors, leurs compagnons de label, qu’ils ont contribué à faire connaître.

par Alexis Robache
Article mis en ligne le 7 mars 2005

Signalons enfin la présence sur la réédition de l’album effectuée en 2001 d’un certain nombre de bonus tracks, notamment des versions alternatives de "Alone again or" et de "You set the scene", qui permettent de prolonger le plaisir de l’écoute de l’album.

Site officiel de Love : http://www.lovewitharthurlee.com/