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"Ce qui arrive", près de chez vous

Exposition à la Fondation Cartier à Paris jusqu’au 30 mars 2003

Avec un philosophe pour concepteur, un sujet de triste actualité pour thème et la vidéo comme principal support, l’exposition Ce qui arrive, actuellement à la Fondation Cartier, avait tout pour effrayer. Pourtant, grâce à une véritable cohérence dans le propose et à une vraie intelligence dans le choix des artistes et des œuvres présentées, l’exposition conçue par Paul Virilio est incontestablement un succès. Comme quoi, parfois, "ce qui arrive", on ne s’y attend pas...


L’exposition est en phase avec les thèmes favoris du philosophe spécialiste en dromologie, la science de la vitesse. Elle entend examiner comment exposer l’accident, en tant que celui-ci est la conséquence inéluctable des inventions, "un diagnostic de la technologie", qui nécessite une prise de conscience.

Le rez-de-chaussée de la Fondation n’accueille que deux œuvres, monumentales : La chute, de Lebbeus Woods avec un accompagnement sonore de Stephen Vitiello et Airplane parts de Nancy Rubins. La chute consiste en un impressionnant ensemble de 900 tiges d’aluminium de 7 m de haut, dont les brisures dessinent comme autant de traces d’hypothétiques accidents, et dont l’anarchie évoque les tiges de métal qui sortent des plaques de béton armé défoncées, comme on en voit si souvent après des catastrophes. Pour accompagner cette pièce, Vitiello a créé un environnement sonore aléatoire, qui réagit aux variations de lumière et produit des effets d’instabilité. Peu engageante au premier abord, cette œuvre prend toute sa dimension lorsqu’on en fait le tour : les angles démultiplient ses fractures, et l’espace ainsi créé, démultiplié, brisé, fait perdre l’équilibre. L’œuvre de Nancy Rubins consiste quant à elle en une gigantesque suspension de plus de 5 tonnes qui rassemble des morceaux d’avion, comme une gigantesque et menaçante météorite aéronautique.

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Le sous-sol présente quant à lui une quantité impressionnante de vidéos, toutes liées au thème de l’accident, de près ou de loin. Dans l’ensemble, la sélection fait preuve d’une remarquable intelligence, et d’une assez grande diversité de thèmes et de styles pour ne pas lasser. La pièce majeure en est assurément le film Notre siècle, réalisé en 1982 par le cinéaste arménien Artavazd A. Pelechian, magistral montage d’archives de la conquête spatiale, entrecoupées d’images des débuts de l’aéronautique. A couper le souffle, le montage s’apparente à une gigantesque odyssée visuelle en hommage aux Icares-icônes de la modernité.Mais ce chef d’œuvre est loin d’être la seule œuvre digne d’intérêt : fulgurant, le Little Flags de Jem Cohen, réalisé avant le 11/09, présente la dérive d’une caméra, de drapeaux en drapeaux au milieu d’une fête patriotique. La scène avec tous ces papiers jetés dans l’air et ces drapeaux brandis est d’un écho troublant avec les scènes du 11/09.

Moira Tierney propose quant à elle une œuvre aussi pudique que saisissante, réalisée à partir des images des new-yorkais empruntant le Brooklyn bridge pour fuir Manhattan, sur une musique de Charlemagne Palestine. A ne pas manquer non plus, le Crossroads de Bruce Conner qui montre de 27 manières différentes la première explosion atomique, et Boston Fire de Peter Hutton, film au ralenti d’un incendie.

On pourra passer plus vite en revanche sur le film de Jonas Mekas, qui n’est rien d’autre qu’un document amateur sur le 11/09, ou bien encore sur le film Tonight So lovely de Cai Guo-Qang, dont la filiation avec le thème de l’exposition semble un peu forcée. Mais ces facilités de star sont bien les seules pièces vraiment décevantes d’une exposition à la qualité surprenante, dans laquelle on pourra se perdre pendant de longues heures, inconscient de "ce qui arrive", ailleurs.

par Xavier Domino
Article mis en ligne le 26 janvier 2003

Informations pratiques :
 dates : jusqu’au 30 mars 2003
 lieu : Fondation Cartier, 261, boulevard Raspail, Paris 14°
 horaires : Du mardi au dimanche, de 12 h à 20 h.
 tarifs : 5 € et 3,50 €.