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La collection Brasiliana s’invite à l’Hôtel Scheffer-Renan

Exposition au musée de la Vie romantique à Paris du 28 juin au 27 novembre 2005

Pour l’année du Brésil, le musée de la Vie romantique du 9ème arrondissement de Paris présente, en partenariat avec la Pinacothèque de Sao Paulo, une centaine d’œuvres (dessins, huiles sur toile, aquarelles) de peintres européens ayant voyagé au Brésil entre 1800 et 1870. L’artiste le plus illustre parmi ces peintres voyageurs est sans aucun doute Manet, alors encore peu connu, qui embarque sur un navire-école en direction de Rio de Janeiro. De son passage sur le sol brésilien, il ne subsiste aucune toile. Cependant, la majorité des œuvres exposées provient d’une collection française, celle du marchand d’art parisien Jacques Kugel (1912-1985) qui passa son enfance au Portugal et consacra quarante années de sa vie à cette collection. En 1996, la collection Kugel fut cédée à la Fondation brésilienne Estudar. C’est un retour aux sources qui s’opère actuellement puisque cette collection, d’origine française est montrée pour la première fois en France, si l’on excepte quelques œuvres déjà exposées à l’hôtel de Rohan dans les années 50.


Agostinho José da Motta, Nature mort aux fruits, 1873. (c)  CFBE - 20.3 ko
Agostinho José da Motta, Nature mort aux fruits, 1873. (c) CFBE

Les peintres français sont exceptionnellement présents en cette première moitié du 19ème siècle au Brésil. En effet, le début du 19ème siècle correspond à l’installation de la monarchie portugaise au Brésil, monarchie qui s’étend tant par son volet politique que par son volet culturel. Pedro 1er, empereur du Brésil de 1822 à 1831, confie ainsi à une mission artistique française, représentée par les peintres Jean-Baptiste Debret, élève de David, et Antoine Taunay, la création d’une Académie des Beaux-Arts. Dom Pedro II, successeur de Dom Pedro 1er, perpétue cette tradition culturelle et offre, en tant que fervent admirateur de la culture française, une large place aux artistes de l’Hexagone. Ces derniers découvrent alors l’exotisme de cette région du monde, baignée par une lumière nouvelle à leurs yeux et chaque vue devient le prétexte d’un tableau, au-delà des traditionnels et nombreux portraits de la famille impériale.

L’exposition nous dévoile tout un panel d’artistes bénéficiant d’une discrète renommée, qui a su saisir, par son regard d’étranger, le paysage et la société brésilienne du 19ème siècle. C’est une société complexe, curieusement hétérogène, faite de Portugais, d’autochtones, de mulâtres, de métisses et d’esclaves africains, qui évolue sous le pinceau des artistes de l’Ancien Monde. Le peintre devient alors anthropologue. Un paysage nouveau, riche en faune et en flore, s’offre à son talent. Des expéditions scientifiques sont mises en place afin d’aller à la découverte des richesses animales et végétales de cette nature luxuriante, et des peintres, tels Thomas Ender, se joignent à ces expéditions. Les esquisses faites en plein air se multiplient. L’observation est le maître mot, on s’éloigne du paysage idéalisé du 17ème siècle pour se rapprocher de la chronique documentaire.

Ary Scheffer, La Princesse de Joinville, 1844 - 33.5 ko
Ary Scheffer, La Princesse de Joinville, 1844

Quel est le lien entre cette exposition temporaire et les collections permanentes du musée de la Vie romantique, principalement consacrées à George Sand et au peintre Ary Scheffer (1795-1858), qui fréquentaient les mêmes cercles littéraires et artistiques ? Au delà d’une époque commune (le 19ème siècle et le romantisme), le lien entre l’exposition temporaire et les collections permanentes se fait grâce au portrait que réalisa Ary Scheffer de La Princesse de Joinville, née Dona Francisca de Bragança, portrait récemment acquis par la ville de Paris. La Princesse de Joinville était en effet princesse du Brésil, fille de Dom Pedro I. Elle épousa un des fils de Louis-Philippe d’Orléans à Rio de Janeiro. Son portrait par Ary Scheffer, très lié aux Orléans, est tout à fait dans la lignée des portraits féminins qu’exécutait le peintre à cette époque, laissant apparaître la forte influence qu’exerçait Ingres sur l’artiste que fut Scheffer : douceur, fluidité de la ligne étirée, caractéristiques de la pose assise. Cette nouvelle acquisition des musées de Paris figure dans l’Hôtel particulier lui-même, et l’exposition temporaire se répartit dans les annexes et ateliers de l’espace.

Le visite se déroule en trois temps : d’abord les portraits de la cour du Brésil, qui permettent de recréer l’arbre généalogique de la famille régnante ; puis les témoignages des voyageurs, avec moult dessins préparatoires et notes ; enfin, le paysage brésilien, illustration de la nature luxuriante qui s’offre au pinceau des peintres de l’Ancien Monde. Parmi les artistes se trouvent exposés entre autres, les français déjà cités Jean Baptiste Debret, qui publie à partir des années 1830, son Voyage pittoresque et historique au Brésil, et Antoine Taunay, le brésilien Agostinho José da Motta, les italiens Alexandre Ciccarelli, fondateur de l’École de peinture de Santiago du Chili, et Nicolau Antonio Facchinetti, et enfin le portugais Joaquim Candido Guillobel.

Loin de vouloir mettre en avant des artistes, l’exposition du musée de la Vie romantique est consacrée à ces peintres voyageurs qui remplissent une mission quasi documentaire sur ce pays neuf : l’identité de l’artiste s’efface derrière le thème de l’œuvre et a bien du mal à le dépasser par la suite. La collection Brasiliana, plus qu’un regroupement de têtes couronnées de la peinture, offre surtout un témoignage riche, historique et anthropologique sur Brésil impérial du 19ème siècle. Plus d’une centaine de tableaux se trouve regroupée dans les quatre salles dédiées à l’exposition et l’attention du visiteur ne trouve aucun repos durant le parcours : aucune artiste connu ne fait son apparition parmi les auteurs. Portraits, paysages et scènes de société s’enchaînent sans que le visiteur non-voyageur y trouve quelque repère, aucun nom famillier qui apparaisse tel un jalon dans cette peinture brésilienne du 19ème siècle, trop peu exposée. Devant la masse d’œuvres consacrée aux paysages brésiliens, on peut peut-être regretter l’absence de repères actuels, de clichés destinés à établir une comparaison entre ce que voyait le peintre européen du 19ème siècle, peut-être la réalité brésilienne de cette époque et surtout ce qu’il reste aujourd’hui de cette réalité.

par Aurore Rubio
Article mis en ligne le 18 août 2005

Informations pratiques :
- artistes : divers
- dates : du 28 juin au 27 novembre 2005
- lieu : musée de la Vie romantique, 16 rue Chaptal, 75 009 Paris, tél 01 55 31 95 67
- horaires : tous les jours de 10h à 18h sauf lundi et jours fériés
- tarifs : de 3,5 euros à 7 euros

Pour aller plus loin sur Internet :
- Le site de l’année du Brésil
- France 5 et l’année du Brésil