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La Fondation Claude Monet, à Giverny

Collections permanentes

Sur la route des impressionnistes, à cheval sur la Seine et à quelques quatre-vingt kilomètres au nord de Paris, se niche Giverny. C’est dans ce petit village que Claude Monet et Alice Hoschedé, seconde compagne du peintre, choisissent d’y installer leur foyer. Aujourd’hui la ville de Giverny jouit d’une renommée internationale tant pour son Musée d’Art Américain que pour sa Fondation Claude Monet, située dans ce qui fut la résidence de l’artiste.


Claude Monet - 2.5 ko
Claude Monet

Après des débuts de caricaturiste au Havre qui lui permettent de s’assurer un petit revenu, Claude Monet (1840-1926) se tourne, influencé par Eugène Boudin et par le hollandais Jongkind, vers le paysage et la peinture en extérieur. Il devient alors, avec Pierre-Auguste Renoir, Alfred Sisley et Frédéric Bazille, le successeur de maîtres de l’École de Barbizon (Jean-Baptiste Camille Corot, Charles-François Daudigny, Théodore Rousseau et Jean-François Millet). Le chef de file des impressionnistes consacre sa carrière à l’étude du paysage, à l’étude de la fugacité et de la lumière glissant sur ce paysage. L’artiste montre une fascination constante pour l’eau, matière fuyante et mutante, sur laquelle il aime à peindre, grâce à son bateau-atelier. Il met ainsi dans un grand nombre de marines, son pinceau au service de la mer, structurante et violente, puis au service de l’eau douce, calme, reflet de la réalité ambiante. Monet perce la voie du glissement discret qui s’annonce, de la figuration à l’abstraction. Peu à peu, les œuvres de l’impressionniste perdent leur contour, leur aspect figuratif et significatif, pour n’être plus qu’ allégories de la couleur, aux contours flous mais définis.

Le Bateau-atelier, 1876 - 6.3 ko
Le Bateau-atelier, 1876

L’artiste est à la recherche d’un lieu dans lequel il pourra héberger sa famille d’une part, et dans lequel il pourra d’autre part trouver des motifs intéressant pour ses œuvres créatives. Il s’essaie à plusieurs lieux : Argenteuil (1872), qui est en plein essor industriel, puis Vétheuil (1878), toujours en bord de Seine, et enfin Poissy (1880), qui lui permet de se rendre aisément en Normandie. Enfin, en 1883, Monet découvre Giverny. Il a alors quarante-trois ans et est l’auteur de plus de huit cents toiles. À Giverny, l’artiste, entouré de sa famille, mène une vie paisible, entrecoupée d’escapades parisiennes qui lui permettent de se maintenir au faîte de l’actualité artistique. En 1890, Claude Monet achète cette propriété dans laquelle il vit depuis sept ans. Pour celui qui a déjà visité le lieu, il faut préciser que ce que le peintre achète en 1890 se ramène à la première partie de la propriété, autrement dit au terrain sur lequel est construit la maison et les deux ateliers. Le terrain du jardin japonais et du bassin aux nymphéas, séparé à l’époque par une voie ferrée et de nos jours par une route que l’on traverse par un passage souterrain, ne sera acquis par l’artiste qu’en 1893. En 1895, le jardin d’eau, d’inspiration japonisante, créé par Claude Monet est définitivement terminé et les premières reproductions de ce lieu datent précisément de cette année 1895. Monet ne se séparera plus de ce lieu, riche en motifs artistiques, à la végétation luxuriante, qui lui permet d’assouvir tant sa passion pour le jardinage et l’horticulture que pour le Japon. En 1966, Michel Monet, le second fils que le chef de file des impressionnistes avait eu avec sa première femme, lègue la propriété de Giverny à l’Académie des Beaux-Arts, qui le transforme rapidement en lieu de pélerinage.

Pièce d’eau - 4.5 ko
Pièce d’eau

On arrive enfin sur Giverny avec en tête Les Nymphéas, dans ce qu’on croit être un village paisible. Notre œil inquisiteur a bien vu quelques boutiques factices « Pierre Dupont, peintre impressionniste  », témoignage du filon commercial qu’est l’impressionnisme. La gorge se serre lorsque l’on se fait doubler par quelques barbares aux braies courtes et aux chausses sportives. On passe le Musée d’Art Américain, devant lequel la foule ne se presse pas. On est enfin devant la porte de la fondation : une petite file d’attente est déjà formée, à 9h30 du matin, au mois d’avril, sous la pluie. On entre par la boutique de souvenirs, déjà embouteillée. À la sortie de la boutique le regard balaie ce jardin luxuriant, dont on devine la magnificence. La légère pluie imprime une couleur bleutée et grisâtre au clos normand, qui tourne au jaune sable au moindre rayon de soleil. Il ne fait pas vraiment froid. La pluie a fait se refermer les fleurs. Avec effroi, on voit s’écouler lentement le flot de touristes. Ils sont nombreux, très nombreux en ce samedi matin pluvieux. Chaque allée de ce jardin à la française dispose de ses visiteurs, qui, équipés de leur appareil photo numérique, se penchent sur chaque fleur pour la figer en un court moment d’inspiration artistique. On traverse le passage souterrain qui mène au bassin aux nymphéas. On sort de ce passage frappé par l’harmonie et la quiétude de ce qui s’étend devant nous. Voilà ce fameux bassin aux nymphéas, accompagné de son non-moins fameux pont japonais. La nature est envahissante. On ose quelques pas. L’illusion tombe. Le touriste est là, partout, pressé, armé de son appareil numérique. Les allées sont goudronnées et balisées férocement. Point de risque de chuter dans la mare. L’âme du peintre semble avoir pris de la distance avec ce lieu.

La Maison - 20.3 ko
La Maison

On remonte vers ce qui était la maison de l’artiste. Joliment restauré, l’intérieur coloré situé sur un étage, est bourgeois et témoigne de l’aisance financière du maître dans la deuxième moitié de sa vie. Les pièces sont un peu étroites pour l’afflux de visiteurs mais elles gardent en leur sein le souffle du chef impressionniste. Dans ce qui était le petit atelier de la maison, ont été accrochées quelques reproductions des toiles de l’artiste sans grand intérêt. Les originaux de ces copies sont, pour quelques-uns, exposés au Musée Marmottan à Paris, musée dédié à Claude Monet. L’intérêt de cette bâtisse réside essentiellement dans la collection d’estampes japonaises personnelle de Claude Monet, exposée sur l’ensemble des murs du pavillon. Ce sont deux-cent trente et une gravures que le visiteur peut observer et qui sont époustouflantes. À l’époque, l’estampe japonaise restait encore relativement rare, puisque diffusée en Europe essentiellement depuis l’Exposition Universelle de 1862. Le visiteur fait immédiatement le lien entre ces estampes et la construction par le peintre de la pièce d’eau, au-delà de la voie ferrée. Il regrette peut-être que ces estampes ne soient pas plus mises à l’honneur. Ici, on a sacrifié à la tradition : Claude Monet les avait disposé ainsi, les estampes resteront disposées ainsi. Mais peut-être qu’une meilleure mise en valeur serait souhaitable car ces estampes représentent à elles seules un témoignage inestimable et leur disposition dans la bâtisse les rend pour certaines peu accessibles. Enfin, une fois sorti de la bâtisse, il ne reste plus qu’à traverser de nouveau la boutique et à quitter définitivement la fondation.

Les Meules, 1891 - 6.4 ko
Les Meules, 1891

Sur le chemin du retour, on se rend compte que c’est dans cette campagne précisément, dans ce bras de Seine que Monet a peint quelques-unes de ses fameuses séries, dont Les Meules. Le présent s’est sans doute empressé de défigurer ce coin de campagne cher à Monet mais quelque chose de l’esprit de maître reste inéluctablement accroché à ce village. En face de Giverny, se dresse la ville de Vernon, qui mérite un petit détour pour ses colombages et pour son site du pont : un ancien pont du 12ème siècle traverse la Seine et sur les piles ruinées du vieux pont s’appuie le vieux moulin de Vernonnet, qui semble se tenir debout par miracle. En face, les anciennes tours, partiellement restaurées, du château des Tourelles, montent la garde. Le lieu est plaisant, plus calme que la fondation Monet. Paris n’est qu’à quatre-vingt dix kilomètres mais Vernon donne l’illusion d’une petite ville de province, épargnée des influences parisiennes. Giverny, quant à lui, reste le site incontournable de la région, régulièrement envahi par les hordes de touristes. Pour celui qui sait choisir son jour de visite et qui aura le temps avec lui, aucun doute qu’il aura une petite excursion des plus agréables. Pour les autres, moins chanceux, il faudra sans doute revenir à Giverny pour profiter de la magie du lieu.

par Aurore Rubio
Article mis en ligne le 26 juin 2004

Informations pratiques :
 artiste : Claude Monet
 dates : du 1er avril au 31 octobre (attention !)
 lieu : Fondation Claude Monet, 84, rue Claude Monet 27620 - Giverny - FRANCE
 horaires : du mardi au dimanche inclus, de 9h30 à 18h00
 tarifs : gratuit pour les enfants de moins de 7 ans, 3 euros pour les enfants de moins de 12 ans et pour les handicapés(maison + jardins), 4 euros pour les étudiants (maison + jardins), 5,5 euros pour les adultes et les personnes du 3ème âge (maison + jardins) ou 4 euros pour les adultes et les personnes du 3ème âge (jardins)
 renseignements : Tél : 02 32 51 28 21, Fax : 02 32 51 54 18, site internet de la Fondation

Pour aller plus loin en visitant :
 Le Musée Marmottan,2, rue Louis-Boilly , 75016 Paris (Tél. : 01 44 96 50 33 et Fax : 01 40 50 65 84). Horaires : De 10h. à 18h tous les jours , fermeture des caisses à 17h30, fermeture le lundi , le 1er mai et le 25 décembre. Tarifs : 6,50 euros (plein tarif) et 4 euros (tarif réduit pour les étudiants, moins de 25 ans, amis du Louvre, ...) et gratuit pour moins de 8 ans, Accès : métro Muette, RER C boulainvilliers, bus 22 32 52 63.

Pour aller plus loin sur Internet :
 Histoire de la peinture impressionniste
 Le Mouvement impressionniste et ses plus grands peintres

Pour aller plus loin en lisant :
 Birgit Zeidler, Claude Monet, sa vie et son oeuvre. Cologne : 1999, Könemann (collection : Les Mini du Grand Art). 95p. 3,50euros.
 Collectif, L’Abécédaire de Claude Monet. Paris : 1999, Flammarion (collection : Abcédaires). 119p. 9,95euros.
 Marthe de Fels, La Vie de Claude Monet. Paris : 1929, Gallimard (collection : NRF). 273p.
 Octave de Mirabeau, Claude Monet et Giverny. Paris : 1995, Séguier. 5,79euros.
 Sylvie Patin, Monet... un oeil, mais bon dieu quel oeil. Paris : 1991, Gallimard (collection : La Découverte). 13,75euros.
 Geneviève Aitken et Marianne Delafond, La collection d’estampes japonaises de Claude Monet à Giverny. 2003, Bibliothèque des Arts suisses. 160p. 29euros.
 Daniel Wildenstein, Monet. 2003, Taschen. 480p. 30euros.