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Salvador Dali, l’exposition du centenaire

Exposition à la galerie Elysées à Paris jusqu’au 30 juin 2004

Salvador Dali (Figueras, 1904- 1989) fait parti de ces peintres qu’on ne présente plus et que l’on nous impose jusqu’à l’écœurement. Certains le vénèrent, d’autres l’abhorrent : difficile de rester insensible. À côté des traditionnelles toiles surréalistes de Salvador Dali, existent une collection de sculptures, réalisées par le maître Catalan. C’est une infime partie de cette collection que la Galerie d’art Elysées nous propose d’admirer, jusqu’au 30 juin 2004.


Alice au Pays des Merveilles - 2.1 ko
Alice au Pays des Merveilles

C’est à 17 ans que le jeune Dali, fils de notaire, entre, pour un court séjour, à l’Ecole des Beaux-Arts de Madrid où il développe son goût pour les grands peintres (Velázquez). Des professeurs de l’Académie, il retiendra et regrettera leur parti-pris pour l’absence de contraintes en peinture. Durant cette période, il fait connaissance avec le poète Federico Garcia Lorca (fusillé en 1936 par la garde franquiste) et avec le cinéaste Luis Bunuel, pour qui il jouera ultérieurement dans le Chien Andalou (1929). Pendant son passage à l’Ecole, Dali développe une connaissances approfondie des cubistes, s’intéressant particulièrement à Juan Gris. Au milieu des années vingt, il découvre le groupe surréaliste, et est fasciné par Giorgio de Chirico (Volos Thessalie, 1888 - Rome, 1978) , comme le sera Magritte. En 1929, il fait la connaissance de Gala (Helena Diakonova), femme d’Eluard et maîtresse de Max Ernst, qui deviendra sa muse et sa compagne.

Don Quichotte - 3.7 ko
Don Quichotte

Dali développe, à partir des années trente, au sein du groupe surréaliste, sa méthode paranoïa-critique, destinée à conjurer ses troubles psychologiques. Les peurs diverses ont sempiternellement poursuivi le jeune Dali, né peu après la mort de son frère aîné. Dali affirme dans La Vie secrète de Salvador Dali : « Mon frère était mort à sept ans d’une méningite, trois ans avant ma propre naissance. Désespérés, mon père et ma mère ne trouvèrent de consolation qu’à mon arrivée au monde. Je ressemblais à mon frère comme deux gouttes d’eau se ressemblent : même faciès de génie, même expression d’inquiétante précocité », et d’ajouter plus loin « Mon frère n’avait été qu’un premier essai de moi-même, conçu dans un trop impossible absolu  ». Avec sa méthode-paranoïa critique, Dali essaie de faire apparaître l’inconscient par le procédé créateur, selon un processus proche de la psychanalyse. Dans La Conquête de l’irrationnel, Dali se charge de définir la méthode paranoïa-critique. La paranoïa peut devenir un instrument de création : il s’agit de construire mentalement et arbitrairement des images, qui seront le révélateur d’une réalité oubliée. Après ce travail, apparaîtront des formes symboliques et associatives extrêmement élaborées.

Gala et Dali - 3.4 ko
Gala et Dali

A partir du début de la Seconde Guerre mondiale, Dali s’éloigne du surréalisme. Sa carrière devient internationale et il est associé à divers travaux. 1949 sonnera les débuts de la période mystique du peintre, qui multipliera les rencontres avec le chef de l’Eglise de Rome. A partir des années 1950, la carrière du maître balance entre créations loufoques, délires mystiques, et recherches artistiques en rapport avec les sciences.

L’Eléphant spatial - 1.6 ko
L’Eléphant spatial

La Galerie d’art Elysées présente une dizaine de sculptures surréalistes de cet artiste protéiforme. Moins bien connues du grand public que son œuvre picturale, elles sont tout aussi intéressantes. Elles sont la représentation tridimensionnelle de la peinture du maître. L’artiste sème, comme dans ses tableaux, divers indices de ses peurs enfantines et de ses délires d’adolescent. Quelques fourmis semblent s’être égarées sur les bronzes, une baguette de pain est délicatement posée sur la tête d’une jeune femme, des béquilles soutiennent ce qui n’a apparemment pas besoin d’être soutenu. Dali joue continuellement sur les associations paradoxales : L’Escargot et l’ange figure une association en oxymoron, entre la lenteur de l’escargot et les ailes dont est doté ce même escargot qui file sur la houle, « l’Éléphant spatial » si lourd sur ses frêles jambes démesurément grandes est un témoin des contrastes qu’affectionne le maître. Bien entendu, les montres molles sont au rendez-vous, avec la Persistance de la mémoire et le Cheval à la montre molle, illustrant le contraste entre le dur et le mou, entre l’opiniâtreté du temps et sa flexibilité. Une sculpture intéressante représente la jeune « Alice au pays des Merveilles », figure à la fois érotique et enfantine particulièrement appréciée de Salvador Dali qui lui consacre une série de treize lithographies. Enfin, quelques dessins à la pointe sèche ornent les murs de la galerie. Dali se livre ici à la représentation figurative de délicates ornementations florales. Si l’on fait parti des détracteurs de Dali, cette visite ne réconciliera pas avec l’artiste : Dali décline ici ses thèmes les plus connus, en changeant de support. Cependant, les rares dessins du peintre accrochés dans la Galerie pourront laisser voir une possible réconciliation avec l’enfant terrible de Figueras.

Cheval à montre molle - 4.1 ko
Cheval à montre molle

D’ordinaire si vide, la Galerie d’art Elysées est actuellement envahie de touristes, qui, de promenade sur les Champs, ne peuvent que s’engager dans cette Galerie qui annonce, à grand renfort de panneaux publicitaires que cette exposition est l’ « exposition du centenaire ». Le parcours pour arriver à la Galerie est jalonné des bronzes du maître reproduits en grande taille. Arrivé dans la Galerie, il ne faut pas hésiter à poser quelques questions aux galeristes, qui prendront le temps de vous répondre. Pour celui qu’autant de monde dans une si petite galerie effraie, il reste une solution de rechange, tout aussi agréable : d’ordinaire, ces œuvres sont exposées à l’Espace Montmartre, qui constitue l’unique espace en France d’exposition permanente de l’œuvre sculptée de Dali. Cet Espace présente de plus une collection impressionnante des dessins et lithographies du maître catalan, notamment une série consacrée au Don Quichotte, qui dévoilent toute la force expressive du trait de génie du peintre.

par Aurore Rubio
Article mis en ligne le 6 juin 2004

Informations pratiques :
- artiste : Salvador Dali
- dates : jusqu’au 30 juin 2004
- lieu : Galerie d’art Elysées, 26 avenue des Champs Elysées, 75008 PARIS
- horaires : de 10h30 à 20h tous les jours
- tarif : entrée libre
- renseignements : 01 42 89 41 21

Pour aller plus loin en visitant :
- rendez vous à l’Espace Montmartre à Paris, qui présente une collection unique de sculptures, de gravures originales et de lithographies de Dali (11, rue Poulbot -place du Tertre-, 75018 Paris, tél. : 01 42 64 40 10, ouvert tous les jours de 10h à 18h30).
- rendez-vous dans l’un des trois musées espagnol consacré à Salvador Dali (Figueras, Pubol Portlligat), géré par la Fundacio Gala Salvador Dali qui décrit l’ensemble des manifestations consacrées au centenaire de la naissance du peintre.
- à la gare de Perpignan, une exposition qui réunit les plus célèbres photographies du génie catalan, réalisées par 20 prestigieux photographes : Depardon, Brassaï, Man Ray...(renseignement : mairie de Perpignan tél 04 68 66 30 66 et http://www.mairie-perpignan.fr)

Pour aller plus loin en écoutant :
- une série d’entretiens avec ou sur Salvador Dali, radiodiffusés par France Culture

Pour aller plus loin en lisant :
- DALI Salvador, La Vie secrète de Salvador Dali. Paris : Gallimard, 1952 (collection l’Imaginaire). Adaptation française de Michel Deon. 435p.
- DALI Salvador, Le Journal d’un Génie. Paris : Gallimard, 1964 (collection l’Imaginaire). Introduction et notes de Michel Deon. 301p.
- DALI Salvador, Les Cocus du vieil art moderne. Grasset, 115p.

Pour aller plus loin, dans les revues :
- Le Monde 2, l’excentricité, l’art de toute une vie : du grand talent à grand spectacle. daté du dimanche 7 - lundi 8 mars 2004. Supplément du Monde. Vous y trouverez un regroupement d’articles sur Dali : extrait d’un entretien entre Jacques Michel et Salvador Dali, Le Monde du 17 mars 1971 ; extrait d’un entretien entre Jacques Michel et Dali pour l’ouverture du Théâtre-Musée de Figueras, Le Monde du 3 octobre 1974 ; article de BRAUDEAU Michel, Le Monde du 16 décembre 1973 sur Dali et le septième art ; article de BOTT François, Le Monde des livres du 3 mars 1995 sur Gala ; article de BODDAERT Alexis, Le Monde du 15 avril 1999 ; article de DECAMPS Marie-Claude, Le Monde daté du 2-3 mai 1999 sur Dali et le business ; article de BRAUDEAU Michel, Le Monde du 31 juillet 2002