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Saint Seiya : le Jûnikyû Hen

Le chapitre des douze temples, adaptation de la première partie d’Hadès...

L’animé s’était refermé sur l’affrontement entre Poséidon et les saints de bronze, dans une bataille qui voyait s’effondrer le palais des mers de l’ébranleur du sol. Les lecteurs assidus du manga, eux savaient que se poursuivaient la geste des saints d’Athéna, et ce jusque dans le royaume des morts.


Or en France, l’existence de cette suite demeura longtemps le secrets de quelques cénacles initiés, et le grand public dut attendre que Kana publie en français la suite des aventures de Seiya. Mais la série existe surtout à travers son animé, doté de musiques de légende, et d’une animation de très grande qualité, du moins depuis le début d’Asgard. (JPEG)Aussi, la partie Hadès, tant qu’elle restait orpheline d’une adaptation en vidéo ne pouvait prendre toute son ampleur, alors qu’elle est indiscutablement celle qui présente la meilleure construction scénaristique, au moins dans sa première partie, lorsque les chevaliers d’or encore en vie affrontent leurs frères revenus de la tombe.

Retour en grâce !

Lors de la publication des chapitres du combat contre Hadès, l’éditeur Kana reçut plusieurs lettres de fans, où la question de l’adaptation de la série en animé revenait. L’idée de pétitions à la Toei pour pousser en ce sens furent aussi évoquées. Mais à l’époque, la raison fit répondre que au Japon, Saint Seiya était largement passé de mode, et que les animés sont avant tout produits pour le marché local, et que l’exportation n’est que bonus. Aussi quelque fut l’engouement des fans français et européens, il n’y avait rien à attendre.

Mais pourquoi, alors que le manga embraye de Poséidon vers Hadès presque sans souffler, l’animé s’était-il refermé sur la chute de l’empreur des mers ? D’autant que cette fin laissait en suspens bien des questions comme celle de l’identité de la soeur de Seiya, ou la raison qui empêchait les saints d’or de se rendre au royaume sous-marin pour y affronter les généraux de Poséidon. (JPEG)De fait, au Japon, après une heure de gloire atteinte lors du Sanctuaire, l’animé avait commencé à perdre de l’audience. La série Asgard, puis celle de Poséidon ne rencontrèrent pas le succès escompté. La Toei se posa alors la question de l’opportunité d’adapter Hadès. Alors que le film La guerre des dieux, qui préfigurait ce que furent les épisodes Asgard, avait par son succès poussé la Toei a lancer cette série qui n’apparaît pas dans le manga, le succès trop relatif du film Lucifer, sorti pour préfigurer une éventuelle adaptation d’Hadès découragea la Toei de lancer ce nouveau chantier.

Côté papier, Kurumada est pressé de finir sa série. Il doit bâcler la fin d’Hadès, ce qui est particulièrement patent dans la manière dont se referme ce chapitre, ouvert si brillemment. Ce qui d’ailleurs, on va y revenir, va soulever d’intéressant problèmes quant à l’adaptation en cours. Et la suite prévue, qui devait être l’apothéose de la série, le chapitre Zeus ne vit jamais le jour.

En févrirer 2004, dans les jours qui suivent l’écriture de ces lignes, un nouveau film Tenkai va être tourné. Il fait suite au grand succès de la sortie des treize premières OAV qui adaptent enfin la partie Hadès en vidéo.

Ce retour en grâce de Saint Seiya profite d’une vague de fond des anciennes séries, que les éditeurs poursuivent ou ressortent, comme Hokuto no Ken. Série culte des années 80-90, Saint Seiya surfe sur cet élan, et se trouve projeté sur le devant de la scène, avec des réalisations concrètes et beaucoup de projets alléchants. Afin de suivre ces évolutions, on peut avec bénéfice consulter le site de référence sur les univers de Kurumada, à savoir Cyna(JPEG)

Le nouveau film est en effet annoncé par une publication de quelques pages, en couleur, oeuvre de Kurumada lui-même, publiées récemment. Et comme la Toei a pour habitude de tester l’engouement du public pour Saint Seiya par des films, comme ce fut le cas avec Lucifer, d’aucuns supposent que ce film à venir sera un prélude à l’ultime chapitre, Zeus, qui verrait le jour sous formes d’OAV, à la suite des séries Hadès. Il s’agit évidemment seulement de supputations, voire d’extrapolations de passionnés attentifs. Et on peut supposer que in fine, le succès des OAV Hadès sera décisif quant à une ultérieure évolution.

L’heure d’Hadès

A l’heure actuelle, on peut savourer le fait que le premier volet d’OAV - on peut supputer par comparaison avec le manga qu’il y en aura trois - soit sorti l’année dernière en mars et en avril. Il retrace la période du manga qui va du début de l’attaque du sanctuaire, jusqu’à l’effondrement du château situé à la frontière entre les mondes, et au départ des héros pour défier les enfers. On peut supposer que le second volet ira jusqu’au mur des lamentations, et qu’enfin le dernier se déroulera dans Elysion, le monde des bienheureux. Il faut souligner que cette dernière partie, celle qui est notoirement bâclée dans le manga, demandera vraisemblablement des aménagements du scénario original.

(JPEG)Dans cette première série de 13 OAV, les scénaristes sont restés très proches de la trame originale. Leurs seuls ajouts concernent les périgrinations des saints de bronze, qui se voient gratifier de combats inauguraux contre les saints d’argent, revenus des enfers, qui ont prêtés allégence à Hadès. C’est l’occasion pour le spectateur qui a quitté la série lors de lointains épisodes, de mesurer à quel point les redoutables ennemis d’hier sont devenus faibles, et donc d’introduire la puissance nouvelle des héros. Puis au cours de cette bataille, les chevaliers évoluent côte à côte, contre un ordre plus dispersé dans le manga, ce qui n’apporte comme changement minime que de partager le moment de bravoure de Shiryu lors de l’affrontement dans la maison de la Vierge. Ces ajouts, minimes et de bon ton, respectent l’esprit du manga. Il y a donc tout lieu d’être optimiste quant au travail qui devra être mené pour étoffer le scénario à venir, et nourrir le fol espoir que les lacunes du manga, causées par sa fin précipitée, seront comblées avantageusement.

243 années ont passées depuis la dernière guerre sainte qui opposa les 108 spectres d’Hadès aux 88 saints d’Athéna. Or le sceau qui enfermait les esprits des spectres s’est rompu, et une nouvelle guerre va débuter. Sentinelle aux cinq pics, le Vieux Maître, Dokho de la Balance, ultime survivant de la précédente guerre sainte déploie ses muscles engouris par sa station prolongée. Le véritable combat, celui que préparait la réincarnation d’Athéna, est sur le point de commencer.

Et son premier champ de bataille sera le Sanctuaire, où reviennent les saints d’or, tués lors de l’affrontement avec les saints de bronze dans le chapitre Sanctuaire. Ils ont juré fidélité à Hadès en échange d’une nouvelle vie, et portent à présent les surplis, les armures de l’enfer. A leur tête vient un mystérieux personnage qui n’est pas étranger à Mû, chevalier du Bélier. Alors que s’échangent les premiers coups, Seiya arrive en hâte au sanctuaire. Il a senti que quelque chose se tramait. Mais c’est Mû lui-même qui le frappe et le chasse, car Athéna a donné l’ordre que les saints de bronze, ses protecteurs lors de toutes les précédentes aventures soient tenus à l’écart de cette nouvelle bataille.

(JPEG)Voilà donc une saga qui commence d’une manière différente. Ce sont les héros d’hier qui sont relégués au second plan, et les saints d’or déploient enfin leur pleins pouvoir pour stopper l’offensive d’Hadès. Loin d’être aussi linéaire que les épisodes précédents, Hadès propose une grande variété de retournements et de révélations. Cette nouvelle bataille du sanctuaire était la partie de loin la plus riche dans le manga, et la tension qui s’en dégage est remarquablement reprise, au point de faire regretter au lecteur avide d’avoir déflorer la trame à venir par la lecture !

Que ton cosmos s’enflamme !

Fidèle à l’esprit qui fit la gloire de l’animé, Hadès fait la part belle aux émotions qui submergent le spectateur. Le scénario propose de multiples moments forts comme la rencontre de Mû avec son maître Sion, le précédent grand pope, le retour au combat de Dokho de la Balance, ou encore la mort de Shaka de la Vierge, prélude à l’utilisation de l’arme interdite des serviteurs d’Athéna.

Ces rebondissements, ainsi que les combats acharnés, sont servis par une musique toujours aussi sublime. On retrouve les thèmes qui ont fait la gloire de cette bande-son. Mais cette fois-ci sont ajoutés des passages lents et mélancoliques, utilisés à répétition. La musique concourt à composer une ambiance plus ténébreuse que dans les animés réalisés pour la télévision. Le plan qui présente le sanctuaire, dans la lumière timide des étoiles, alors que se prépare l’attaque des spectres, est une parfaite illustration de cette atmosphère oppressante et triste qui baigne cette série d’OAV.

(JPEG)

Alors que le suspens levé par les premiers épisodes se détend, et que l’on entre dans le vif des affrontements, sous les arbres jumeaux où va s’éteindre Shaka, alors la tritesse remplace l’atmosphère inquiétante. C’est à présent la mélancolie qui guide le rythme de la série, avant que sur la fin, on ne retrouve l’ambiance très particulière de Saint Seiya, lors des affrontements dans le château à la frontière des mondes, base arrière de l’attaque des spectres, où résolution et acharnement contre un ennemi trop fort permettent de pousser les énergies des héros, et les glandes lacrymales des spectateurs à leur cosmo-énergie ultime.

Le nouveau générique composé pour ce chapitre est à l’image de cette nouvelle composition des ambiances, avec une première partie lente, douce, presque triste, qui enchaîne sur le générique historique de Saint Seiya, très rock.

Le graphisme est soigné. Le dessin est dans la lignée de ce qui fut fait pour les séries Asgard et Poséidon, sans rapport avec certains épisodes massacrés de la période Sanctuaire. On retrouve les personnages élancés, presque androgynes pour certains d’entre-eux. Cependant, la série s’enrichit d’incrustations et de dessins composés en trois dimensions par ordinateur, comme de nombreuses statues du sanctuaire, de celle d’Athéna dans le plan de présentation, à celles de la maison de la Vierge qui s’effondrent lors du choc des Athéna Exclamations. On trouve des galaxies incrustées en arrière-plan, ou des cosmo-énergies beaucoup plus riches et belles que lorsque tout se faisait à la main. Ces améliorations techniques ne sont pas exemptes de tous ratés, hélas, comme le passage où Seiya endosse son armure dans le premier épisode, assez surfait avec des effets de transparence malvenus, ou alors l’alitération des galaxies en arrière-plan, quand des constellations ou d’autres décors apporteraient de la variété. Mais ce ne sont que des détails. La réussite esthétique de cette série d’OAV est renversante. L’animation a gagné en fluidité, et propose des combats exceptionnels entre Shaka et les saints rénégats, ou encore entre le titan Rhadamante du Wyverne et les saints de bronze. Celle-ci est désormais un point fort de l’animé, alors qu’aurparavant elle était fluide, mais cédait le pas face aux décors, aux musiques et à l’intensité du scénario.

Hadès en France ?

(JPEG)A l’heure actuelle la série n’est pas licenciée, et n’est donc disponible en vf que grâce au travail de sous-titrage des fansubs. On peut s’étonner que un an après la sortie de ces OAV, elles ne soient toujours pas rachetées par les éditeurs français. Cependant, cela peut venir du fait que la Toei est gourmande, ou que les éditeurs attendent la sortie de la suite, afin d’acheter tout le lot d’un seul coup, ou encore de bien d’autres raisons... (Sur ce point précis, Cédric Littardi de Kaze Animation donne son éclairage dans cet entretien).

On peut le regretter, d’autant que la communauté des passionnés de Saint Seiya est nombreuse en France, et avide de ce genre de sorties. Espérons qu’un coffret de prestige viendra bientôt comber ce manque. En attendant, on peut se consoler en constatant que la mode Saint Seiya a bel et bien été ravivée en France, avec la diffusion en V.O. sous-titrée des épisodes des animés Sanctuaire par la chaîne Manga, libération de la traduction lamentable qui fut faite de ce chef d’oeuvre aux temps reculés de sa sortie.

par Pierre Raphaël
Article mis en ligne le 20 mai 2004


 Auteur de l’oeuvre originale : Kurumada Masami
 Production : Toeï Animation et Bandaï Visual
 Direction artistique : Iijima Yukiko et Yuki Shinzô
 Character-design : Araki Shingo et Himeno Michi
 Directeur de l’animation : Araki Shingo
 Musiques : Yokohama Seiji
 Longueur : 13 OAV de 20 minutes chacun.
 Année : 2003

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