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Captain Tsubasa World Youth

Bienvenue dans la cour des grands ?

Quelques années après avoir raccroché les crampons, Takahashi relançait son héros fétiche, Tsubasa, dans une nouvelle saga, la World Youth Hen. Celle-ci a été entièrement traduite et publiée par J’ai Lu mangas sous le titre de Captain Tsubasa World Youth. Trois années ont passé, et Tsubasa a relevé le défi brésilien, il est temps pour lui de se confronter à l’élite mondiale lors de la coupe du monde junior que met en scène cette nouvelle série.


Takahashi avait abordé Captain Tsubasa avec l’ambition de faire un manga de sport rapide, autour d’un tournoi de football de jeunes. Mais l’engouement suscité par la série l’a conduit à se prendre au jeu. D’un manga qui opposait les figures remarquables des différentes équipes (Kojirô Hyuga, Tsubasa, Matsuyama, Misugi, etc...) on est passé à une logique d’équipe lors du tournoi de Paris. En 1994, juste après le succès de l’équipe du Brésil à la coupe du monde américaine, Takahashi débute cette nouvelle série qui met en scène ses héros, et reprend le fil de leur histoire. Celle-ci est désormais liée au monde du football, et ce développement est l’occasion de constater que, sans rien changer de la recette qui a fait le succès de Captain Tsubasa, Takahashi tente de s’inspirer de plus en plus des réalités du football. (JPEG)

L’ambition de Takahashi était de relancer son héros phare à travers une confrontation très relevée, qui ferait revenir les joueurs du tournoi de Paris, Schneider, Pierre et tous les autres, mais qui mettrait aussi en scène la puissante Seleçao, l’équipe du Brésil, légendaire épouvantail du football mondial.

Au tournoi de Paris, l’adversaire le plus réputé était l’Allemagne, épouvantail du football du début des années 90. C’est à présent le Brésil, nouveau champion du monde, qui fait figure d’épouvantail.

La volonté d’élargir les horizons

La saga de Tsubasa s’ancre sur un fond de championnats scolaires, certes de niveau national, mais un cadre finalement très imitiste. Le tournoi final de Paris, qui est l’un des moments les plus intenses de la série, s’y intègre cependant en décalage, presque comme un ailleurs où il est footballistiquement irréaliste de voir des collégiens japonais se comporter si brillemment. (JPEG) Certes, il s’agit avant tout d’un manga, et le réalisme footballistique n’est pas de mise et ne l’a jamais été dans Captain Tsubasa, sans empêcher ce manga d’être sans doute la fiction sur le football la plus réussie qui ait jamais été faite. Mais Takahashi entamme ce nouveau chantier avec la volonté de l’intégrer dans un background mieux construit, mieux ammené, où le football ne se fait pas d’une part dans un lointain Japon, et d’autre part dans l’Eldorado du foot, entre Brésil et Europe.

Cette transition a été préparée par un hors série Hollanda Youth, qui n’a pas encore été publié, mais dont des résumés peuvent se trouver sur internet sur des sites consacrés à la série. A cette occasion, la puissante équipe de Hollande montre aux lycéens Japonais le chemin qu’il leur reste à parcourir pour se hisser au niveau des nations de football. Seul le retour de Tsubasa, devenu professionel au Brésil, sauve l’équipe nipone d’une déroute totale.

Par la suite, ce sont surtout les championnats Brésiliens, Italien ou Allemand qui sont mis en scène ou évoqués, car ce sont les scènes où évoluent les meilleurs joueurs du manga. Le Japon ne se manifeste plus que au travers de sa sélection nationale, qui est au coeur de cette nouvelle aventure.

Un travail plus documenté et construit autour du football

A de multiples reprises, Takahashi intègre des portraits de joueurs connus et de légendes du football. Il mentionne ainsi Baresi, le légendaire numéro 6 du Milan AC, comme étant le modèle de Jun Misugi l’un des éléments clefs du Japon. Il évoque aussi Kazu légendaire joueur japonais, qui a évolué en Série A (championnat italien), ou encore Tardelli, autre joueur italien. (JPEG) De même, alors que la première série ressemble fortement à du football de cour de récréation, où les joueurs vedettes multiplient dribbles et actions personnelles, on voit se multiplier les phases de jeu collectif, comme lors du but de Urabe lors du match entre la Real Japan Seven et l’équipe des titualires.

L’introduction du personnage de Shingo Aoi permet de donner au Japon une organisation cohérente. Ce qui est manifesté par l’annonce de la composition de l’équipe pour le premier match de la coupe d’Asie, où l’on voit clairement la Japon évoluer en 4-4-2 "en diamant", schéma tactique qui met en valeur le n°10 (donc Tsubasa) de son équipe. Lors de la finale contre le Brésil, on découvre que cette équipe joue en 4-4-2 "à l’anglaise" avec un milieu de 4 joueurs allignés, où les milieux exentrés sont offensifs, et qui ne laisse pas de place à un n°10. Ces considérations tactiques, ainsi que les notions de pressing, ou de marquage individuel, de second meneur de jeu, prennent autant d’importance dans les résultats des matchs que les tirs spectaculaires qui avaient fait la réputation de Captain Tsubasa.

Un scénario bien conçu, et très efficace

La coupe du monde Junior est au coeur de cette nouvelle série. Aussi, tout ce qui précède doit y conduire. La série se heurte à une double difficulté : l’équipe du Japon a déjà triomphé de l’Europe et de l’Argentine dans la précédente série, et pourtant, il faut qu’elle ne soit pas favorite dans son entreprise de conquérir le trophée mondial, afin qu’il résonne comme un improbable exploit.

Aussi, la confrontation avec la Hollande rappelle que la place du Japon n’est pas nécessairement au sommet. Mais pour autant, le Japon n’est pas ramenée au niveau d’une équipe fantoche, et devrait facilement triompher dans la coupe d’Asie qui délivre un passeport pour la World Youth. Or le Japon, de toute son histoire, n’avait jamais franchi ce stade au moment où Takahashi se lance dans cette nouvelle série. Il s’agit de donc de montrer une compétition relevée, et âprement disputée, mais sans pour autant amputer le Japon de ses chances de victoires dans la phase finale de la World Youth. (JPEG) Le Japon débute donc diminué. Ainsi, l’enjeu est d’autant plus grand lors de chaque match. Les éliminatoires pour la coupe d’Asie privent le Japon de sept de ses joueurs pivots, que le coach a alors exclus car il jugeait leur niveau insuffisant. Il préfère alligner des réservistes que des joueurs qui ne donnent pas tout leur potentiel. Cette stratégie suicidaire, justifiée par la nécessité de pousser le groupe à donner le meilleur de lui même, n’a évidemment plus rien à voir avec une présentation réaliste du football. Mais elle s’inscrit parfaitement dans l’esprit du nekketsu [1] qui caractérise Captain Tsubasa. Cet épisode permet de faire naître un groupe, qui pourra affronter les épreuves de la compérition à venir.

Peu à peu, le Japon diminué se reconstitue et gravit les échelons vers le titre. C’est l’entrée de Misaki, blessé, qui donnera la victoire finale au Japon, face au Brésil. Il est à noter que la Seleçao est coachée par Roberto Hongo, l’entraineur historique de Tsubasa pour un moment de grande émotion qui oppose le poulain à son maître dans un duel épique.

Une série au succès mitigé, finalement bâclée

Mais la World Youth ne fut pas saluée par le grand succès que l’on pouvait espérer pour la reprise d’une série culte. Le public bouda la série, si bien que les éditeurs pressèrent Takahashi d’en finir. Alors qu’on aurait pu s’attendre à des duels mettant face à face des joueurs non japonais, comme dans la demi-finale Brésil-Allemagne, ou France-Pays-Bas, seuls les matchs du Japon sont développés. La pression fut telle que les demi-finales ne figurent même pas dans le manga, réduites à des comptes-rendus de journaux ! World Youth se trouve ainis complètement déséquilibré, entre une phase préparatoire très allongée, qui étire des matchs secondaires, et un final où les grandes affiches sont réduites à leur portion congrue. Takahashi a donc sacrifié sa demi-finale (mais également une partie du premier tour, ainsi que les confrontations qui n’incluaient pas le Japon) pour tenter de donner de l’espace à Brésil-Japon, clef de voûte de World Youth. Hélas, les volumes 17 et 18, s’ils contiennent tous les éléments d’une bonne finale, sont beaucoup trop rapides. On peut considérer, dans l’absolu, que ces centaines de pages sont amplement suffisantes pour traiter d’un match de foot. Cependant, en comparaison du style narratif étiré qui a fait les belles heures de Captain Tsubasa, cette finale est vraiment légère, et ne compense pas la frustration d’une phase finale trop rondement menée.

Un style graphique intact

Les dessins sont toujours dans le même style que pour la première série. Les traits caractéristiques des personnages demeurent, ce qui donne le même charme à la série qu’à la précédente.

On trouve toujours plus de tirs spectaculaire, toujours plus puissants. Hélas, cette surenchère devient difficile à rendre visuellement, sauf pour les tirs à trajectoires brossées. Cela dit, il n’est pas évident que ces frappes aux trajectoires toujours plus sinueuses soient toujours de bon goût, ni n’apportent tant que cela à la série. On comprend bien toute l’importance de la mise au point du nouveau tire de Hyuga, ou du Skywing Shoot de Tsubasa. En revanche, on ne comprend rien au tir qu’il utilise pour inscrire le premier but face au Brésil (à cause de la demi-finale retranchée). (JPEG) Cette continuité graphique n’est pas exempte de belles améliorations, comme des maillots au design plus fin et beau que les simples tuniques des collégiens.

La liaison de style entre les deux époques de Tsubasa illsutre que cette nouvelle saga est une suite, et ne rompt en rien avec le début, elle est juste mieux préparée, mieux constuite et aurait sans doute été plus passionnante si elle n’avait été tronquée d’une partie de la compétition.


Tsubasa-United, un site très complet sur l’univers de Captain Tsubasa, où l’on peut trouver des scanlations de Road to 2002.

La page de Nicolito dédiée à Captain Tsubasa, qui comprend des résumés divers, ainsi que des scans du Hollanda Youth dont il est fait mention dans cet article.


par Pierre Raphaël
Article mis en ligne le 29 juillet 2004

[1] nekketsu : litt. "sang bouillant", se caractérise par des sentiments exacerbés, l’amitié, le dévouement au groupe.

mangaka : Takahashi Yoichi

Editeur (France) : J’ai Lu

Nombre de volumes : 18 (tous sont publiés)

Genre : shônen sportif

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