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Une (petite) histoire des conventions de Japanime en France

De l’isolement à la maturité

Si le manga et l’animation japonaise en France se sont développés, c’est en partie grâce au milieu des fans et passionnés. Même si Internet a servi de support principal pour les échanges, les conventions ont marqué la progression et l’autonomisation d’un milieu dont le public ne cesse d’augmenter et de se renouveler.


Des origines à 2003

C’est en mai 1992 que la première convention autour de l’animation japonaise a lieu. Elle se déroule dans le cadre d’une convention de jeux de rôles à l’IDRAC (une école de commerce parisienne) et consiste principalement dans une série de films en VO diffusés en boucle. Devant le succès et le mouvement de curiosité, une deuxième convention du même type est organisée en décembre, avec en prime la projection du film Porco Rosso en anglais, dans un cinéma parisien. Ce point de départ attire l’attention des premiers fans, tandis qu’au même moment, les librairies dédiées au manga s’ouvrent (Tonkam à Paris, Toutencartoon à Toulouse). Désormais, le manga et l’anime font leur apparition dans les festivals et conventions de BD.

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Il faut attendre 1995 pour que des conventions spécifiquement dédiées à la Japanime et au manga s’installent. C’est l’époque de la sortie de Dragon Ball Z (manga et films), et l’on assiste à l’arrivée d’une nouvelle génération de fans, principalement attirée par Dragon Ball, qui cohabite assez mal avec la génération précédente qui a vu la plupart des films de Miyazaki ou des raretés comme Kaze no tairiku (Le continent du Vent). Les fans de la première heure ont appris le japonais pour lire des manga en VO et cherchent à voir au-delà de ce que propose le Club Dorothée. Les pionniers vont constituer le socle de futurs traducteurs et rédacteurs des principales revues comme Animeland. Mais ils s’inquiètent de cette génération focalisée sur un seul type de manga, au détriment de la diversité de la production japonaise.

(JPEG)Trois événements principaux jalonnent ces années (outre la biennale d’Orléans qui proposait un ambitieux programme de projections d’anime) : BD EXPO, le salon de l’EPITA et le Cartoonist Toulon. BD EXPO (qui se déroule à Bercy Expo) tente de faire cohabiter BD classique et manga. Tout un panel d’activités est proposé, notamment la projection de films en version originale non-sous titrée (qui demande la participation active des rares japonisants présents dans la salle pour traduire autour d’eux), et en 1997 le premier concours de cosplay [1] lors d’une convention, avec 70 participants. Cependant, la cohabitation avec les stands de BD classique se passe assez mal, et BD Expo marque assez bien la division croissante entre une BD axée sur le marché de la cotation et de l’ancien et une BD plus festive. Le salon de l’EPITA (toujours en activité) qui se déroule dans les locaux de l’école en mai, obtient un succès croissant, malgré le côté amateur de l’organisation (cette dernière changeant à chaque édition et devant souvent reprendre le travail à zéro). Il s’agit d’une pure convention de fans de japanime, avec ses avantages et ses défauts, qui fait se côtoyer fans aguerris, fans excessifs (“Mais si, le YF21 de Macross Plus est supérieur au YF19 !” [2]) et nouveaux venus. La moyenne d’âge tourne autour des 20 ans, souvent des personnes qui se sont connues via Internet, et qui profitent de l’occasion pour se rencontrer. Le dernier grand événement, le Cartoonist Toulon, était le grand rendez-vous incontournable, avec des invités prestigieux comme Shingo Araki (chara-designer de Saint Seiya) ou Masami Suda (chara-design de Hokuto no Ken).

Les années 1999-2000 marquent l’apogée des conventions de japanime dans une situation paradoxale : le Club Dorothée est stoppé depuis 1997, il n’y a plus aucune série d’animation japonaise sur les chaînes hertziennes. La vague Dragon Ball s’est atténuée et le milieu des fans est très isolé, catalogué et assez mal considéré. Certains reportages consacrent le terme d’otaku pour désigner les fans compulsifs, et les campagnes politiques ou d’associations familiales contre les dessins animés japonais ont achevé de déconsidérer ce genre. On assiste donc à une forme de repli sur soi du milieu, qui n’en demeure pas moins dynamique avec l’explosion des fanzines et des mini-conventions comme Baka-manga à Lyon. Ce paradoxe s’explique en partie par deux phénomènes : l’arrivée de longs métrages d’animation japonais dans les cinémas (Jin-Roh, Perfect Blue) et le succès éditorial des manga traduits. Une nouvelle génération arrive, qui n’a pas vraiment connu les premières séries d’animation et arrive dans le milieu par la BD. La fusion se fait facilement et le succès des conventions en province montre qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé. Des habitudes s’installent comme le concours de cosplay, la diffusion de séries ou de films en avant-première (sous-titrés ou non), les concours de dessin ou de karaoke. Les fanzines se multiplient (dessins ou articles) et prennent une place de plus en plus importante dans les conventions.

Les conventions et festivals actuels

(JPEG)La situation actuelle a vu la fin des événements comme BD Expo ou Cartoonist (dont la première édition à Paris a constitué un record avec près de 50 000 entrées à la Cité des Sciences de la Villette) qui rythmaient la vie des fans. A l’inverse, le nombre de conventions en province est impressionnant : 2 à 3 en 1998, près de 10 en 2000, et près de 20 en 2003 (en comptant les soirées de projection). Nancy, Rennes, Lyon, Strasbourg sont les lieux de conventions annuels qui drainent aussi bien les fans locaux que les parisiens qui y viennent pour les concours de cosplay. Désormais, outre l’EPITA, le principal événement parisien et le plus important en terme de fréquentation, est Japan-Expo (CNIT-La Défense, début juillet) qui atteint environ 30 000 entrées chaque année. Il s’agit à la fois du plus grand festival en terme de fréquentation mais aussi de surface et d’activités proposées : conférences diverses, invités japonais, coréens, français, de la bd franco-belge, concours et tournois variés, activités culturelles liées au Japon (démonstrations d’arts martiaux, jeu de go, origami, etc...). Les stands des fanzines représentent à peu près 30 % de la surface des exposants. Non seulement, l’évènement est incontournable pour les fans, mais aussi pour les éditeurs qui ont désormais une politique de sortie pour Japan-Expo. Ce dernier consacre la solidité d’un milieu qui s’est constitué dans les années 90 et qui vit sa passion sans complexe.

Quelles sont les grandes tendances actuelles des conventions et festivals ? Outre la provincialisation, et la dissémination sur tout le territoire, on constate plusieurs phénomènes. D’une part, les nouvelles séries pour la jeunesse comme YuGiOh ou Card Captor Sakura ont amené une nouvelle génération dans les conventions, se mêlant sans difficulté aux précédentes. Les tensions suite à Dragon Ball Z se sont effacées et désormais les anciens n’ont plus peur que l’engouement pour ces séries pour ados condamne les éditeurs à ne publier que ce type de séries. Un sentiment général prédomine : le manga n’est plus menacé en France et s’est installé durablement dans le paysage éditorial. L’âge des visiteurs à ces conventions oscille entre 11 et 35 ans, signe que le renouvellement des générations se fait et que la “culture manga” se dissémine, quittant la seule sphère ado. D’autre part, après les excès commerciaux de Cartoonist Paris, un plus grand accent est mis sur les activités ou les fanzines, et moins sur la présence des boutiques (même si celles-ci sont encore fortement présentes). La volonté générale des organisateurs est de faire participer le public aux conventions plutôt qu’il reste une heure et reparte (ce qui pose des problèmes de sécurité quand une foule stationne à un endroit). L’interactivité est jugée comme un aspect très important, que consacre pleinement le concours de cosplay qui est devenu le centre de toute convention qui se respecte.

De l’avis général des professionnels qui assistent aux conventions, le milieu du manga en France n’a pas encore atteint les excès de la BD franco-belge (et les effets des reventes de dédicace, par exemple) et présente une population curieuse, dynamique sans excès, mixte (dans tous les sens du terme). Il est certain que ce milieu vit son âge d’or, et même si les médias préfèrent se concentrer encore sur l’aspect nostalgique de certaines activités (karaoke années 80, par exemple), il faut plutôt retenir la fraîcheur générale et la spontanéité. Le sentiment d’appartenir à un milieu en progression, concrétisé par la multiplication des titres chez les éditeurs, est sans doute un facteur explicatif de cette énergie.


Le site de l’Epitanime 2004, qui s’est déroulée du 28 au 31 mai 2004.

Le site de la Japan-Expo, qui se tiendra les 2, 3 et 4 juillet au CNIT de la Défense.

Le site du festival Cartoonist, site du festival 2003.


par Erion
Article mis en ligne le 12 juin 2004

[1] Activité où les participants se déguisent en personnages de série d’animation ou de jeux vidéos, soit en solo ou en groupe, avec scénographie possible. Un jury composé de journalistes de la presse Manga/Anime et d’anciens cosplayeurs classe les participants. Tous reçoivent un certain nombre de lots de la part des éditeurs soutenant la manifestation. Il n’est pas rare de voir un même cosplayer participer à la fois en solo et en groupe avec des costumes différents, voire se balader dans la convention avec un costume et concourir avec un autre.

[2] Authentique. Entendu dans la file d’attente de l’Epita en 1996.

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