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Le pacte des loups

Le pacte des loups est un des rares films dont le sujet est à ce point la métaphore du film lui-même. Ce film est un monstre. Et on connaît, depuis Les Dents de la mernotamment, auquel il est fait référence dès la première scène, la fascination du public pour les monstres...


Sans détailler la liste infinie des références de ce film (de Hitchcock à Sergio leone, de John Woo à James Cameron, de La rage du tigre aux films de la Hammer - les Dracula notamment), nous aimerions insister sur une des plus importantes. La référence du Pacte des loups ce n’est pas Sleepy Hollow ; il n’y a rien de comparable entre les univers de Tim Burton et Cristophe Gans, mais c’est plutôt Philippe de Broca. Ce n’est pas tant Cartouche, qui est convoqué ici, que le héros à la Belmondo (interprété ici par le très mauvais Samuel le Bihan) et Les Tribulations d’un chinois en Chine, c’est à dire la BD.

Ce dernier était une tentative de mettre Tintin en scène. Ici c’est Blueberry, L’épervier, les mangas. La volonté syncrétique de Gans est proprement hallucinante. Ce que vous avez sous les yeux pendant deux heures vingt ne relève pas du mauvais goût. Ce film est absolument ridicule et étouffant à vomir comme du baroque, comme une cathédrale espagnole, mais précisément c’est une cathédrale. Même dans le summum du ridicule, il y a une démarche totalement volontaire et réfléchie. Ainsi, dans la scène de combat final, Samuel le Bihan atterrit sur l’autel sacrificiel deux glaives à la main ; la salle rigole. Nous sommes à la fin de La Rage du tigre, les armes, comme l’explique Cristophe Gans, personnifient les héros. Il y a cette dualité entre le français et l’indien qui est exposé ici, cette volonté de rendre hommage à son frère d’armes, pour lequel il s’est grimé comme un peau-rouge.

On adhère, on n’adhère pas, qu’importe, c’est ce qui est en jeu dans ce film : compiler un univers mental, qui va de Gustave Moreau aux mangas, afin de produire l’image cinématographique la plus pure, c’est à dire au sens de Gans, totalement déconnectée du monde réel, la plus forte et la plus riche de sens. Force est de constater que c’est un univers visuel particulièrement puissant qui est à l’oeuvre ici.

Nous avons sous les yeux une maîtrise technique absolument inouïe. Ce montage qui paraît grossier et lourd, comme la bande-son, est une prouesse de rythme et de violence dominée. Ce film est un éloge de la puissance. Il y aurait deux types de puissance d’après Gans. Celle qui contreviendrait aux lois de la nature et celle qui la respecterait. D’un côté Vincent Cassel, monstre biologique ayant enfanté un monstre biologique (la Bête) ; ses rapports incestueux sont le symbole de cette nature forcée. De ce côté également le pouvoir royal, dont les jardins de Le Nôtre sont volontairement juxtaposés à la nature débridée du Gévaudan par le montage, inapte lui aussi à juguler la nature.

De l’autre la nature respectée comme un temple, c’est l’Indien et Grégoire de Fronsac. Cette thématique, assez classique dans un film de genre, conserve néanmoins aujourd’hui une certaine actualité. Mais ce qui est le plus frappant c’est que Gans, s’il tranche en faveur de ceux qui respectent la nature, ne résiste pas lui même au plaisir de l’hybridation, et son film se transforme parfois lui aussi en monstre. Pour Gans, de la puissance naît la beauté. C’est ce qu’il cherche à mettre en oeuvre dans ce film et qu’il parvient parfois à réussir. Néanmoins il est frappant de constater ce goût de l’expérimentation chez un cinéaste qui le dénie, la proximité entre Gans et le personnage de Vincent Cassel, mille fois plus réussi que le personnage lourdaud de Samuel le Bihan.


On pourra également consulter cet article sur Le Pacte des Loups et sur l’émergence d’un nouveau cinéma de genre français.

par Adrien Labastire
Article mis en ligne le 27 décembre 2004 (réédition)
Publication originale 31 janvier 2001

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