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Oedipe Roi, de Sophocle

Avec ce deuxième chapitre de la Tétralogie des Labdacides, Farid Paya s’est attelé à une tâche dont il ne semble pas maîtriser tous les tenants, dans sa volonté de renouer avec la pureté du jeu antique.


Qui ignore encore l’histoire d’Œdipe ? L’homme qui, d’un même destin, passa du statut de héros à celui de damné du royaume de Thèbes, meurtrier de son père, vainceur de la sphinge, et amant de sa mère. Le personnage de Sophocle dans Œdipe Roi a été sans cesse revisité depuis 2500 ans, et pas seulement au théâtre, pour nourrir nombre d’inspirations, y compris freudienne. Il a également inspiré Farid Paya pour écrire un prélude à la première pièce portant sur Œdipe, pour inclure Œdipe Roi dans une tétralogie. Ici, Farid Paya entreprend un travail de fond sur l’histoire de la lignée des Labdacides, sur plus de trois générations, ayant Œdipe comme noeud central.

Il ne s’agit donc pas d’une manière de faire résonner une pièce avec notre mythologie contemporaine, mais d’un devoir de mémoire et de reconstitution le plus honnête possible. L’accent est mis sur la cohérence entre les quatre volets de ce qui s’intitule Le sang des Labdacides. Tant au niveau de la scénographie (décors et comédiens en concordance d’un texte à l’autre) que des choix de mise en scène (grande importance du chant pour les parties du choeur, emploi de la danse et placement des personnages très formel).

La principale force de ce parti pris est sa faculté à produire rapidement une atmosphère tragique. En cela, la scène de prière ouvrant Œdipe Roi est une réussite. Cependant, elle détonne dès que les comédiens commencent à entrer dans le texte. D’une part, malgré le formalisme affiché, la ligne de séparation n’est pas claire pour les personnages intervenant à la fois dans le choeur et durant les actes, car certains effets de vocalisation (voix "aspirée" ou "de tête" par exemple) sont utilisés dans les deux cas, et paraissent plus assumés pour le premier que le second emploi. Ensuite, le jeu d’Œdipe comporte également des ambiguïtés dont il est difficile de se défaire. Il passe d’une posture magistrale, seul en avant-scène face au public, lorsqu’il énonce sa condamnation pour le meurtrier de Laïos, à des réactions très brutales face à ses contradicteurs, où la retenue publique de son rôle semble disparaître, alors même que, dans la pièce de Sophocle, les passages les plus violents ne sont jamais montrés, toujours décrits. On en vient à penser que certains aspects du travail auraient pu être magnifiés par l’emploi des masques, tout en évitant de tomber dans certains travers de jeu. À ce titre, les pistes explorées par les personnages du prêtre et du devin Tirésias, dont le maquillage est particulièrement travaillé, en font les rôles les plus incarnés et les plus attachants de la pièce.

Malgré tout, le rythme général permet d’entendre remarquablement bien le texte, et d’apprécier l’interprétation chantante du choeur. Ceux qui, connaissant l’histoire d’Œdipe Roi, n’en ont jamais vu une interprétation pourront ainsi se préoccuper davantage de la structure dramatique de la pièce, et de la façon dont l’extraordinaire vérité se révèle aux protagonistes.

par Maxime David
Article mis en ligne le 6 juin 2004

Informations pratiques :
- pièce : Œdipe Roi (deuxième chapitre de la Tétralogie des Labdacides)
- auteur : Sophocle
- metteur en scène : Farid Paya

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