Cinéma · Musique · Littérature · Scènes · Arts plastiques · Alter-art 

accueil > Musique > article

The Doors : Live in Hollywood

Le meilleur live des "politiciens de l’érotique" ?

Les fans du Roi-Lézard et de son groupe mythique sont une nouvelle fois à la fête : le label Bright Midnight vient de publier un nouvel album live. Trente et un ans après la mort de Morrison, les archives des Doors semblent encore extrêmement fournies. Mais ici, il ne s’agit pas de fonds de tiroirs : la qualité d’ensemble de ce disque risque d’étonner jusqu’aux "doorsmaniaques" les plus blasés...


La première question qui vient à l’esprit est probablement celle-ci : quel est l’intérêt de faire paraître un énième disque live d’un groupe qui, aussi légendaire soit-il, n’existe plus depuis trois décennies ? A quoi cela sert-il, excepté à combler des fans toujours à l’affût des moindres miettes ? Bien sûr, ceux qui ne connaissent pas (ou très peu) le combo de Los Angeles doivent d’abord se procurer l’éponyme premier album, Strange Days et L.A. Woman, leurs principaux chefs d’œuvre. Et ceux qui désirent écouter les Doors en concert peuvent commencer par Absolutely Live, le seul disque de ce type publié du vivant de Morrison. Mais les adorateurs du groupe estimeront que ce Live in Hollywood n’est pas superflu, et ils auront raison : une ou deux écoutes suffisent pour juger de sa très bonne tenue.

Elektra, maison de disque des Doors depuis toujours, a récemment créé le label Bright Midnight dont la vocation est de mettre sur le marché tous les enregistrements qui sommeillaient dans les archives du groupe. L’an dernier, à l’occasion des 30 ans de la mort du chanteur-poète, une compilation de ces futures parutions était sortie sous le titre de Live in America : il s’agissait de prestations intéressantes quoique inégales, car issues de différents concerts plus ou moins réussis. Mais ce Live in Hollywood s’avère davantage séduisant, pour les raisons que voici...

En 1969, après deux ans de succès et de scandales (dont le plus médiatisé remonte à mars de cette même année : accusé d’exhibition et d’incitation à l’émeute lors du fameux concert de Miami, Jim Morrison se verra poursuivi en justice jusqu’à la fin de sa vie, et tout le groupe montré du doigt par l’Amérique puritaine de Nixon), les Doors décident d’enregistrer un album live sur une scène de leur ville d’origine. Le 21 juillet (jour où l’homme pose enfin le pied sur la lune, eh oui !), ils se produisent deux fois à l’Aquarius Theatre d’Hollywood dans une ambiance plus intimiste que de coutume. Mais en écoutant les bandes, le groupe et son producteur Paul Rothchild se montrent sceptiques et choisissent de réaliser leur album à base de collages de divers concerts : le résultat donnera le célèbre Absolutely Live, en 1970.

Ainsi, le Live in Hollywood constitue une sorte de "proto-Absolutely Live" mais, à notre humble avis, surpasse ce dernier. En effet, il nous semble plus intéressant d’écouter un seul concert, avec ses qualités et ses défauts, qu’un mélange (soi-disant) parfait relevant d’un travail de découpage et de collage. D’autant que ce concert à l’Aquarius est diablement bon, pratiquement sans déchets : même si Jim n’est déjà plus l’Adonis diabolique qui faisait tripper les filles (il commence à grossir, à se laisser pousser la barbe et à devenir statique sur scène), il chante plutôt bien, plaisante courtoisement avec le public et ne semble pas trop bourré ni défoncé ; quant aux autres, leur bonne forme est manifeste et leur plaisir de jouer communicatif. Le seul vrai loupé est en définitive un des grands moments de l’album : en plus de jouer de l’orgue et du piano basse, Ray Manzarek chante une reprise du "Close to you" de Willie Dixon mais finit par s’emmêler les pinceaux ; le morceau se termine en eau de boudin, Ray s’excuse en disant que ça fait longtemps qu’il ne l’a pas joué et Jim lui assure, en parfait gentleman, que c’était très bien. Un moment spontané et sympathique, à l’image de tout le concert !

Autre point intéressant pour les fans : on y trouve les premières moutures de chansons qui allaient apparaître sur Morrison Hotel, six mois plus tard : le boogie "You make me real", le funky "Peace Frog" (à l’état embryonnaire d’instrumental) et le romantique "Blue Sunday". Pour le reste, pas d’énormes surprises, mais des versions excellentes de plusieurs classiques du groupe (dont un "Light my fire" de plus de 13 minutes, qui clôt l’album avec des solos à rallonge mais jamais ennuyeux).

Comme à chaque concert des Doors, le son est évidemment moins travaillé qu’en studio, plus grêle, plus sec. Mais le quatuor compense en théâtralité ce qu’il perd en créativité, d’autant que la remasterisation s’avère impeccable. Le bourdonnement du piano basse de Manzarek est réellement hypnotique et ses arpèges bluesy-churchy-psychédéliques, qui peuvent irriter certains, ne manquent pas de virtuosité. Robby Krieger prouve encore une fois qu’il est un guitariste sous-estimé : ses cordes frétillent et sifflent comme une nichée de serpents électriques. Quant au jeu de batterie de John Densmore, on peut parfois lui reprocher d’être trop rigide, mais cette puissance martiale l’éloigne au moins des sentiers battus de la pop.

En conclusion, ce nouvel album ne relève pas d’une manoeuvre commerciale éhontée et mérite de figurer dans toute discothèque ; même si, encore une fois, les néophytes tireront plus de profit en se procurant les albums studio du groupe (souvent soldés, en plus !), Live in Hollywood n’est pas seulement un objet de curiosité pour garnir la collection des fans. Il s’agit là d’un disque électrisant, fort agréable, en plus de constituer un document unique sur un des groupes rock les plus controversés des sixties.

par Anthony Boile
Article mis en ligne le 13 décembre 2004 (réédition)
Publication originale 5 juin 2002

imprimer

réagir sur le forum

outils de recherche

en savoir plus sur Artelio

écrire sur le site