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X-tv, de CLAMP

La fin du monde à la croisée des destins

Manga phare du groupe CLAMP (auteurs de Tokyo-Babylone, Sakura, RG Veda entre autres), X a pour enjeu la fin du monde ou sa continuité. Mélange d’Apocalypse et de Ragnarok, il met en scène l’affrontement entre de nombreux guerriers, inspirés des principales lames des tarrots.


Dans Tokyo se prépare un affrontement entre le dragon du ciel et le dragon de la terre. Le premier veut sauvegarder le monde, qui malgré toute sa violence et ses imperfections, recelle bien assez de beautés pour vivre. Le second est l’expression de la terre, malmenée par les humains et leur expansion qui recouvre peu à peu la nature. Sa victoire signifierait la fin de nos civilisations, qui libérerait la terre de leur carcan de béton et de pollution, pour qu’un nouveau monde puisse naître. (JPEG) Les prophètes, dont la princesse Hinoto, muette et aveugle, qui travaille pour le gouvernement, ont senti que ce conflit approchait. De plusieurs régions du Japon, des guerriers aux profils très divers se rassemblent à Tokyo. D’une part viennent les septs sceaux, garants du monde actuels et voués à servir le Dragon de la Terre, et d’autre part viennent les scept émissaires du dragon de la terre.

La présentation de ces guerriers se fait petit à petit, au fil des premiers épisodes de la série. Quelques escarmouches, ainsi que de nombreux récits qui plongent dans le passé des héros, permettent de cerner les différents protagonistes. Mais au centre de cet affrontement, indécis entre les deux camps, se trouve Kamui Shiro, un jeune adolescent frêle à la beauté androgyne. Il est doté de pouvoirs très supérieurs à ceux des autres guerriers, mais son camp est indécis. D’une part, la princesse Hinoto - autour de qui se sont assemblés les septs sceaux - tente de le convaincre qu’il peut devenir le dragon du ciel. Mais Kanoe, soeur d’Hinoto et l’un des sept émissaires, révèle à Kamui que son destin n’est pas tracé : il a le choix entre devenir dragon du ciel et dragon de la terre. En effet, bien des années auparavant, la mère de Kamui s’est sacrifiée afin de le libérer du destin. Le futur du combat qui approche s’est donc trouvé brouillé. (JPEG) En marge de ces forces qui s’ammoncèlent dans Tokyo, les amis d’enfance de Kamui, Fuma et Kotori sont frappés par une tragédie : leur père, prêtre d’un temple, est assassiné par un mystérieux individu qui dérobe l’épée qu’il avait en sa garde. Les deux adolescents, déjà privés de leur mère, morte quelques années auparavant, sont affligés par ce destin. Kamui, qui veut les tenir à l’écart du combat dans lequel il va être pris, est cependant affecté par ces évènements. D’autant plus marqué qu’il sait que l’épée dérobée est liée à son combat, il ne peut plus contenir l’affection immense qu’il a pour Kotori et Fuma. Ses sentiments lui font prendre conscience du choix qu’il doit effectuer entre dragon de la terre et dragon du ciel, et lui permettent enfin de s’engager dans une voie. Son choix est d’autant plus dramatique et tragique qu’il réveille de fait l’autre dragon, et précipite l’accomplissement de la prophétie qui dit que deux "Kamui" vont s’éveiller.

La série, qui jusqu’à ce point se concentrait sur la présentation des personnages et des liens qui les unissent, accélère brusquement. Les combats et divers affrontements avaient formés des points de rencontre pour les différents protagonistes, qui en ressortaient toujours indemmes, malgré quelques blessures. Ils étaient surtout l’occasion d’harmoniser l’immense partition qu’est X. En effet, si le combat est père et roi de tout dans la résolution de l’affrontement des dragons, au-delà des forces en présence, l’issue du duel des Dragon et de leurs alliés repose essentiellement dans la résolution des intrigues psychologiques intimes de chaque figure de cette fresque. La longueur, pour ne pas dire la lenteur de la première partie, trouve tout son sens dans les évènements de la seconde. Alors que les souvenirs et les prophéties remplissaient la première, la seconde partie est l’heure des choix. Elle se révèle beaucoup moins lisse que le scénario ne pouvait le laisser penser, puisque, au gré des déchirements intérieurs, les alliances basculent, ceux qui se croyaient sceaux ou émissaires combattent pour l’autre camp, et finalement seule l’intime désir niché au coeur de l’individu prend le dessus.

C’est un désir intime que seul le dragon de la terre, fascinante figure, peut lire. Seule la capacité du dragon du ciel à étendre son Kekkai pour protéger ce qu’il veut défendre, pourra arrêter son adversaire nanti de ce redoutable pouvoir. (JPEG) Le scénario est complexe pour un manga, dont il faut s’imaginer les 24 épisodes diffusés à intervalles espacés, et étallés sur deux saisons. Mais c’est une réussite flagrante, d’abord parce que les auteurs n’ont pas craint d’user et d’abuser des flash-back qui replongent le sepctateur dans les circonstances qui ont précédé et qui commandent l’état d’esprit du moment. Ainsi, un passage comme l’éveil du dragon de la terre revient en moyenne un épisode sur trois. Lassitude ? Non, car à chaque fois, le flash-back est exploité de manière intéressante, toujours au fil du combat intérieur des personnages, soit comme l’obstacle qui les empêche de progresser, soit au contraire comme l’instant qui donne la réponse à la question qui se pose. X est donc bien plus une quête intime, voire une quête de soi de chacun des héros. Au travers de leurs sentiments, que les combats et l’imminence de la fin du monde révèlent, les héros apprennent à se mieux connaître. La force et les techniques de bataille sont l’accessoire, certes esthétique et appréciable, mais sans la conviction morale de leur détenteur, elles sont sans efficacité. Il faut toutefois mentionner les Kekkaï tendus par les sceaux : ce sont des dimentions parallèles où les combats peuvent se tenir sans endommager le monde réel. Le sceau peut les tendre à la faveur de son amour pour ce qu’il veut protéger. La victoire d’un émissaire détruit le Kekkaï et reproduit dant le monde réel les dommages consécutifs au combat. Cette technique ne vient pas des enseignements reçus par les héros, mais plutôt de leur amour et de leur désir de sauver le monde. Ce n’est que la compréhension, et finalement la victoire sur lui-même, de cette motivation par le dragon du ciel, qui peut donner la victoire à son camp. (JPEG) L’un des principaux attraits de X est de savoir conserver un point de vue neutre sur les protagonistes. L’enjeu est plus focalisé sur le combat intérieur des héros que sur l’accomplissement de la prophétie de l’apocalypse. Le point de vue narratif ne s’appensantit à définir des bons et des méchants, l’idée est de comprendre la souffrance intime de chacun, ainsi que la souffrance générale du monde. Cette idée était déjà développée dans le manga Tokyo-Babylone, qui consiste à ne pas condamner celui qui agit mal, car personne ne connaît la douleur intime qui à l’origine de son action. Dès lors, la fin de l’affrontement est une résolution logique, qui voit triompher l’amour - ou plus exactement l’empathie - et non la force.

L’animation de la série est fluide, il n’y a rien à redire. Les prises de vue restent classiques, et les mouvements n’innovent pas véritablement. Mais ce classicisme est compensé par un dessin très beau et fin, où la griffe de CLAMP est très identifiable, en particulier au niveau des mèches des personnages, ou alors de leurs traits à la fois fins et réguliers. La ressemblance physique entre Kamui et Fuma, combinée avec la stature frêle du premier et celle d’athlète du seconde, fait ressortir l’opposition de caractère entre les deux personnage, et contribue à accentuer la force émotionnelle qui se dégage de leurs recontres. Les plans hiératiques, peu animés, chargés par des chutes de plumes ou de pétales de cerisiers, décorés d’épées chamarées et de grandes drapperies, viennent souligner les prophéties. Ils donnent une rigidité solennelle qui soutient admirablement l’ambiance tragique et triste qui baigne l’approche de la fin du monde. (JPEG) X est une série qui repose essentiellement sur les émotions. Comme dans Neon Genesis Evangelion, l’issue des conflits se situe plus dans la découverte par les héros d’eux mêmes et non pas dans la force brute. L’adage du combat père et roi de tout reste toutefois vérifié, car c’est au travers du combat que la connaissance de soi se réalise. Plus qu’un approfondissement en raison, c’est l’explosion des sentiments qui est riche d’enseignements. X touche ici un point fondamental qui différencie l’imaginaire japonais de l’imaginaire occidental, car le connais-toi toi-même s’y réalise par des vecteurs de nature radicalement étrangère. Le succès de X tient au grand soin que les auteurs mettent à introduire et à peindre les différents héros. L’attachement du spectateur, très fort pour ces personnages dépeints longuement, permet de faire fonctionner à plein régime la fibre émotionnelle. La musique remarquable qui soutient l’action, et en particulier le morceau Sadame (destin), permet de monter à son paroxysme cette enthousiasmante fresque.


En savoir plus...

Le dossier de Cyna(1) Cette première partie du dossier détaille les divers protagonistes de la série.

Le dossier de Cyna(2) Cette seconde partie présente les coulisses du film et de la série animée.

Ces articles font partie d’un dossier réalisé pour le DVD box édité par Declic Images.


par Pierre Raphaël
Article mis en ligne le 26 août 2004 (réédition)
Publication originale 22 novembre 2003

Mangaka : CLAMP

Studio : Mad House

Réalisation : Kawajiri Yoshiaki

Character-design : Kanemori Yoshinori

Musiques : Sato Naoki

Année de sortie : 2001

La série compte 24 épisodes, ainis qu’un pilote (épisode 0) qui est une sorte de clip.

Genre : Shôjo ésotérique

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