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Le Christ mort de Rosso

Exposition au Musée du Louvre du 25 septembre 2004 au 3 janvier 2005

Dans le cadre de la saison consacrée à "l’Italie à la cour de France au 16ème siècle", le musée du Louvre offre au public jusqu’au début du mois de janvier 2005 les dernières études parues à propos du Christ mort du Florentin Rosso dans une exposition orchestrée par Cécile Scailliérez, conservateur en chef au département des peintures au musée du Louvre. Ce tableau est l’unique œuvre à tonalité religieuse conservée de la période française du maître, ce qui contribue à son originalité. Par ailleurs, le Christ mort a fait l’objet en 1997 d’une importante restauration qui révèle aux yeux du public toute la vivacité de la palette de l’Italien.


Si le musée du Louvre a décidé d’illustrer la thématique de l’Italie à la Cour de France au 16ème siècle par une exposition qualifiée par le Louvre lui-même d’ "exposition-dossier" relative au Christ mort de Rosso, c’est que ce tableau offrait matière à une véritable dissertation. En effet, le Christ mort se distingue par le mystère qui l’entoure. Jusqu’à très récemment, la destination réelle de ce tableau paraissait incertaine : bien que l’identité du commanditaire de l’oeuvre ne fît aucun doute , le lieu pour lequel le Christ mort de Rosso avait été conçu semblait énigmatique. À la suite d’études menées notamment par Cécile Scailliérez, la destination du tableau apparaît aujourd’hui non pas comme prouvée mais au moins comme confirmée par une masse d’indices. C’est cette avancée de la recherche scientifique en histoire de l’art que le musée du Louvre cherche à illustrer dans ces expositions-dossiers, sans toutefois mettre de côté les vertus graphiques et plastiques des oeuvres étudiées.

Rosso, Le Christ mort - 51.8 ko
Rosso, Le Christ mort

Giovanni Battista di Iacopo (1494-1540) dit Rosso Fiorentino à cause de la couleur de ses cheveux, couleur dont il aura aussi tendance à peindre ceux du Christ, est né à la fin du 15ème siècle à Florence. Il fait un détour par Rome en 1523, détour durant lequel il s’approprie la maîtrise du mouvement de Michel-Ange, avant d’être appelé en 1530 à la cour du roi de France, François 1er. En pleine Renaissance, François 1er fait de Rosso son premier peintre et lui confie la décoration du château de Fontainebleau. Rosso demande alors à faire venir le bolonais Le Primatice, qui sera lui aussi le maître d’œuvre de l’intérieur du château de Fontainebleau et à qui le Louvre consacre, parallèlement à l’exposition sur Rosso, une exposition. Tous deux seront assistés d’autres peintres, italiens, qui constitueront ce que l’on appelle l’École de Fontainebleau. Le suicide de Rosso en 1540 laisse le champ libre au Primatice, qui deviendra le chef de file de la première École de Fontainebleau. En marge de son activité de premier peintre du roi, Rosso travaille pour certains grands du royaume, dont le connétable Anne de Montmorency qui lui demande de participer à la décoration de son chateau d’Écouen, en bordure de forêt de Chantilly, chateau aujourd’hui dédié au Musée national de la Renaissance. C’est sans aucun doute Rosso qui orchestre la décoration de l’autel de la chapelle. En 1793, le Christ mort est l’objet d’une saisie par l’administration révolutionnaire, au chateau d’Écouen, et le tableau est alors déposé au tout nouveau musée du Louvre.

Jean Goujon, Déploration du Christ - 26.3 ko
Jean Goujon, Déploration du Christ

Si le Christ mort apparaît comme une œuvre mystérieuse, c’est sans aucun doute parce que rien n’atteste que le Christ mort a été inclus dans l’autel de la chapelle d’Écouen, transféré à Chantilly et comportant une scène de l’Ancien Testament à la place présumée du Christ mort. En effet, les sources écrites relatives au chateau d’Écouen et à son aménagement ont été perdues, ce qui rend difficile l’identification des auteurs de l’aménagement. Un faisceau d’indices tend cependant à prouver que le Christ mort était bien destiné à cet autel : les dimensions du tableau et l’iconographie de l’autel sont quelques-uns de ces indices. De plus, il semble que très peu de temps après le suicide de Rosso, le Christ mort inséré dans l’autel d’Écouen ait été une source d’inspiration pour l’auteur du jubé de Saint-Germain l’Auxerrois, prouvant qu’à un certain moment, le Christ mort était inclus dans l’autel d’Écouen. Les questions soulevées par le Christ mort de Rosso sont d’ailleurs très clairement exposées dans le petit dossier de presse que le Louvre met à la disposition du visiteur sur son site Internet.

Rosso, Descente de la croix - 35 ko
Rosso, Descente de la croix

Le dossier de presse est, comme il vient d’être dit, remarquable de clarté. Sur le terrain pour ainsi dire, on peut cependant regretter que la clarté ne soit pas toujours au rendez-vous. Le parcours du visiteur dans l’exposition se fait selon un sens assez logique malgré tout. Quatre pièces permettent au visiteur de comprendre le Christ mort. Dans la première salle, les indices s’accumulent sur le pourquoi du tableau : pour qui, où, à quel moment sont autant de questions qui trouvent une ébauche de réponse. La seconde salle est naturellement consacrée au tableau et au détail de son iconographie. Enfin, la troisième et quatrième salle traitent de l’influence de Rosso dans l’art français de la fin du 16ème siècle. Le cadre de l’exposition est donc rapidement et clairement posé. Cependant, le visiteur risque malgré tout de se perdre. D’une part, on peut regretter que le Louvre n’ait pas pensé à indiquer le sens par lequel il fallait aborder les salles. On se retrouve parfois à aborder une salle à contre-sens en se demandant à quelle oeuvre il est fait allusion. Des numéros indiquent certes le rang des oeuvres mais ils sont rédigés dans une police si petite qu’il n’est pas possible d’un simple coup d’œil de saisir le sens de la salle. D’autre part, le texte, qui est celui du dossier de presse que l’on trouve sur le site du Louvre, renvoie parfois à quelques œuvres numérotées. Malheureusement, la disposition de ces œuvres dans la salle n’est pas toujours extrêmement logique et le visiteur va devoir laisser errer son regard, s’éloigner du texte voire même en perdre la cohérence, marcher ici et là pour trouver l’œuvre citée. Le Louvre aurait peut-être pu judicieusement avoir recours à un petit schéma en ombres chinoises de la disposition des œuvres numérotées et citées. Enfin, on peut regretter que l’œuvre de Rosso, sujet de l’exposition, ne soit pas mise plus en valeur. Placée dans la seconde salle, sur le côté droit, elle ne bénéficie pas d’un éclairage ou d’une signalétique particulière. De là à voir l’exposition sans voir l’œuvre, il n’y a qu’un pas que n’hésite pas à franchir un certain nombre de visiteurs.

par Aurore Rubio
Article mis en ligne le 15 novembre 2004

Informations pratiques :
 artiste : Rosso
 dates : du 25 septembre 2004 au 3 janvier 2005
 lieu : musée du Louvre, aile Richelieu, 75 001 PARIS.
 horaires : tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 17h30 et le mercredi et vendredi soir jusqu’à 21h30.
 tarifs : 8,50 euros en plein tarif (accès aux collections permanentes et à l’exposition), 6 euros à partir de 18h le mercredi et vendredi. Gratuit pour les moins de 26 ans le vendredi à partir de 18h.
 renseignements : 01 40 20 53 16 et site du Louvre
 dossier de presse
 catalogue de l’exposition : SCAILLIEREZ Cécile, Rosso Le Christ Mort, RMN, collection exposition-dossier, 111p. 25euros.

Pour aller plus loin en lisant :
 LEVEQUE (Jean-Jacques), L’école de Fontainebleau. Paris, Ides et Calendes, 1984. coll Mouvement de l’art. 280p. 54,88 euros.
 FALGUIERES (Patricia), Le manièrisme, un avant-garde au 16ème siècle. Paris, Gallimard, 2004. coll. Découvertes Gallimard. 159p. 11,80euros.

pour aller plus loin sur internet :
 sur l’École de Fontainebleau

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